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T’en peux plus du Tempo ?

Comme dit le proverbe local : in tan po bondié, in tempo lo diab !

Attention de ne pas tomber dans le panneau : les hères hirsutes et bedonnants que tu croises en ville ne sont pas des punks à chiens mais des techniciens du festival. Dans le jargon, on dit « techos », comme on peut dire « hardos », probablement car les techos sont souvent des hardos. Ces as de la picole sont surtout des intermittents de la bricole qui profitent de l’événement pour s’octroyer le titre honorifique de « technicien du spectacle vivant ». L’astuce pour ne pas les confondre avec des babos se situe en dessous de la ceinture puisque les vrais ragondins portent des affreux sarouels afro-incas alors qu’eux arborent un short en jean trop court, moulant leur clé à mollette.

LA CULTURE POUR TOUS, C’EST TOUT POURRI

Cette année encore, il faudra te frayer un chemin à travers un public formaté à apprécier des spectacles gratos fort miteux. Impossible de jouer des coudes car tu risquerais de blesser un mioche, vu que ces mini-festivaliers sont les principaux squatteurs de ces spectacles ; leurs parents n’allant quand même pas débourser un kopek pour une représentation payante qui les priverait de bonnes rasades de bières chaudes. Si tu cherches ces serial géniteurs, regarde plutôt sous les filaos, c’est à dire loin des premiers rangs, à l’abri de toute velléité d’intervention sur leurs progénitures, frénétiquement hilares devant la douzième chute de ces clowns « nouvelle génération » qui ont eu cette audace folle de jouer dans un bassin rempli d’eau.

Je maudis l’inventeur de la médiation culturelle qui impose à toutes les manifestations ce diktat du « populaire » et du « gratuit », alors que tout le monde sait que les spectacles de qualité sont payants. Enfin pas à Saint-Leu, vu que l’année dernière, on te demandait même de raquer pour assister à ce que ce (Tem)pot-pourri proposait de plus allumé : le OFF ! L’amateur dans le porno c’est cool, pas dans la rue. Une petite pensée au programmateur de cette sauterie qui doit chiader sa programmation toute l’année et utiliser ses derniers deniers pour caser, par simple diplomatie, les compagnies sur le retour à qui il a promis un open-bar à rhum assorti de son lardoire de bénévoles frivoles.

L’ORDRE DU TEMPO SOLAIRE

Dans ce merveilleux monde des bisounours, la catégorie la plus crispante est bien entendu celle des bénévoles – les techniciens et les artistes ont, au moins, l’excuse de la nécessité financière. Impossible d’échapper à cette horde ébahie, avançant une mine inlassablement réjouie et défilant sur le macadam dans leur accoutrement flashy comme une armée sous champi à la solde de l’Ordre du Tempo Solaire. C’est moi ou ces créatures se multiplient d’année en année ? La lapine dessinée sur leur tee-shirt, c’est pour illustrer l’esprit de fornication qui règne dans les coulisses de ce pèlerinage pour scouts de la culture conviviale ? À part boucher les trous des places libres et gratter des invits pour les afters, ils servent à quoi ces benêts volages ?

On va pas me faire croire qu’enquiller des allers-retours à la boutique pour pécho des piles plates destinées à étancher le désespoir assoifé d’un comique de seconde zone est épanouissant pour un jeune désœuvré. P’tain, prends tes massues, va faire du passing, lâche ce pseudo catering et préserve ta libido pour le Sakifo. Pour un Fred Tousch de-ci et un François Rollin de-là, combien de circassiens sont venus battre le pavé saint-leusien pour nous infliger leur équilibre simien et diffuser leur pseudo-humour rabelaisien dans le cortex de nos petits îliens ?

Allez mes fidèles grognards, j’en ai fini des calomnies pour aujourd’hui. Je dois m’atteler à une tâche autrement noble : préparer une chronique tendre et rosée à cœur sur Jean-Georges Tartar(e), l’ermite le plus mythique du théâtre de rue, un sage sans âge, un jongleur de mots jamais démodés, et l’invité majeur de cette édition à mon avis. Si vous traînez vers treize heures du côté du parc du 20 Desamb, vous verrez peut-être un grand con bafouiller timidement cette déclaration dans le micro et partager les émotions que ce festival lui procure chaque année. Nul n’est incorruptible et j’ai, en effet, cédé à l’appel du pèz et de la bénévole-baise : avec mes petits camarades de L’Azenda, je serai l’un des petits contributeurs du Gran Kozé de Sergio Grondin. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est très simple, c’est comme une émission de TV sans caméra avec des artistes du festival qui prennent la parole pendant votre pause sandwich. C’est gratuit, voire même intempestif, rempli d’amateurs et 100 % bénévole. Préparez les tomates et les culottes moites, la plus navrante des choses à voir au Tempo cette année, ce sera ma pomme !

Manzi