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T-Matt : Bon bang local

Poursuivant sa carrière solo depuis le split des New Generation, T-Matt le Saint-Andréen revanchard est convoqué pour enflammer le Kaloo Bang.

« Lelite se vend super bien, après une semaine on est presque en rupture en stock et on lance le repressage de l’album. » La barbe de Néron offre une qualité indéniable. Elle laisse le champ libre au sourire victorieux de celui sur lequel presque personne ne misait. Après avoir choyé sa communauté entre actualités, coulisses des enregistrements et mots doux, T-Matt récolte les fruits d’une relation privilégiée avec les followers qui l’ont soutenu sans faillir, les « Vrais 2 vrais » qui donnent un morceau profitant de l’hommage pour clasher les traîtres sans les nommer. « Je lance des balles en l’air, si la balle te touche, tant pis pour toi. » En plus des faux-culs, il mitraille ceux qui se la pètent sans rien avoir dans le ventre et les suceurs de bite (sic).

Certes, même sur l’île du vivre ensemble, le Saint-Andréen n’est pas près d’être le fer de lance de la cause LGBT mais la success story permet quelques indulgences, notamment quand on voit la gueule des obstacles : « Ils ont été nombreux, les gens me disaient carrément « Matthieu, tu vas jamais réussir. Il n’y a rien pour toi dans la musique à la Réunion. » » Dès lors, Lelite hurle sa légitimité tout en déployant des efforts d’originalité forcenée, l’ouverture et la fermeture de la galette sur une interview factice à l’image de l’ensemble : tout est en équilibre précaire entre les angoisses du rappeur et son ego-trip des familles.

D’un côté T-Matt soulève de la bombe en gentleman 2.0 (« Ou na un boule hors du commun, qui ondule comme un nafer que mi peu mem pa décri ») de l’autre il est question de gagner en assurance et de remercier les potes, la famille et même Dieu sans qui, dit-il, il ne serait rien. Autre exemple, sur Tour de garde il se déclare au sommet du rap-jeu et distribue les punchlines à la seconde (« Mi préfer le dire mi lé pas qu’un simple l’artist locaux, zot son lé aussi dégueulasse que la gueule Patrice Loko […] mon équipe lé montée comme Siffredi Rocco.  ») ; ailleurs, il souligne ne pas être dans la prétention.

D’abord perplexe face à ce rappeur de Schrödinger, et découvrant, déçu, que le blase « MC Paradox » est déjà pris, on constate surtout que les tunnels entre T-Matt, le flingueur bravache qui importe l’argot de l’hémisphère nord dans le kozé péi à coups de miskina et autres enjaillades, et Matthieu le protecteur qui flippe que son « missile » de petite sœur soit exposée aux soirées qu’il décrit, sont translucides. Il est constamment en grand écart entre l’ambiance club pour faire vibrer ses astronautes et la posture de celui qui a des valeurs à transmettre : « Ma petite sœur a 14 ans, obligé que je transmette des messages positifs pour la jeunesse. »

Dès lors, il encense le travail, fustige la drogue, salue ses dalons B4 et CG, entre autres, qui l’ont recadré vers l’achat d’un studio d’enregistrement plutôt qu’une voiture qui claque. Il y bosse jour et nuit, préparant déjà un prochain album plus introspectif dans une décontraction lointaine de l’époque New Generation. « Je m’épanouis bien plus dans ma musique maintenant. Je travaille avec qui j’ai envie quand j’en ai envie. »

Il se réjouit de poser son style comme il l’entend et se gargarise de la validation des pairs et du public : « J’ai fait la première partie de Kaaris. Dans mes concerts, les gens sont super chauds, ils chantent, ils dansent, ils crient et sautent. À la fin de mon set, 15000 personnes ont sauté en l’air. Beaucoup m’ont dit que c’est Kaaris qui aurait dû faire ma première partie. »

Chassez l’ego-trip, ce casseur le kui le chevauchera au galop.