Bibliothèque

Sous les lunettes de Zerbinette

Temps glaciaires

Où ta Zerbinette n’a pas su résister au sevrage préconisé par sa rédaction, et s’est engouffrée dans le dernier Vargas avec un plaisir d’autant plus sournois qu’il lui fut déconseillé.

Ben oui mon petit lecteur. J’ai replongé. J’avais dit plus jamais, ça suffit maintenant. Il faut diversifier ses lectures et varier les registres. La consommation excessive de thrillers et polars entraînerait en effet une perte de repères nuisible à la construction d’une culture équilibrée.

Et puis écoutant d’une oreille distraite "Le masque et la plume", j’ai appris qu’elle avait récidivé. Que le pelleteur de nuages avait repris du service et avec lui toute sa clique hétéroclite. Alors j’ai cédé. Il y eut un soir, il y eut un matin, et j’ai compris que cela était bon. Délicieux même de retrouver le commissaire Adamsberg et le soucieux Danglard. Car ose affirmer lecteur impénitent que je suis la seule contaminée par cette littéraire obsession, et que tu ne les aimes pas plus que tes propres parents, ces satanés personnages... Oui, d’eux, tu te rappelles tout, du surpoids de Retancourt à l’hypersomnie d’Estalères, des fourberies de Veyrenc aux tocs alimentaires de Froissière. Peut-être même as-tu surnommé ton chat "La boule".

Alors ne finasse pas avec moi, car tu le sais déjà : tu succomberas comme nous tous à ces Temps glaciaires jusqu’à la déraison.

Bref. L’affaire qui nous intéresse est dense et sombre "comme une pelote d’algues séchées". Deux faux suicides et un lugubre voyage en Islande. Une pierre chaude qui donne la vie éternelle. Une assemblée de Robespierristes en costume qui subliment les plus terribles heures de la Révolution. Une fratrie unie jusque dans le meurtre, un matricide opaque à n’en plus dormir, des dialogues sublimes de simplicité. Et plus encore, la preuve que l’héroïsme est avant tout l’art de combiner ses propres travers avec ceux des autres. Une belle leçon d’humanité.

Temps glaciaires de Fred Vargas, 497 p., éditions Flammarion.