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Traversée onirique

Il est temps de découvrir cette nouvelle Carte Blanche proposée par le Conservatoire à Rayonnement Régional. Après Maya Kamaty l’année dernière, c’est l’artiste Labelle qui présente une création inédite, en collaboration avec l’orchestre régional : « Orchestre Univers ».

Monde à part / monde entier

Labelle (Jérémy de son prénom) est un de ces OVNIs musicaux inclassables, parce qu’une étiquette habituelle ne peut résumer son genre musical. Cet artiste d’origines bretonne et réunionnaise, bien que profondément attaché et influencé par la racine maloya, est l’auteur d’une musique venue d’un autre monde. Evoluant dans les sphères électroniques, il intègre dans sa bulle des sonorités et inspirations dépourvues de frontières.

Son dernier album, nommé à juste titre « Univers-île » (2017, InFine), en est une vibrante illustration. Plusieurs artistes locaux et internationaux y ont participé : Zanmari Baré, Nathalie Natiembe, Maya Kamaty, Hasawa, Joao Ferreira, Ballake Sissoko et Prakash Sontakke. Ce dernier, chanteur multi-instrumentiste Indien, est invité sur le projet Orchestre Univers.

Voyage immobile

« Onirique » est à mon avis le terme qui pourrait le mieux résumer cette musique. Temporalités et cultures s’y entremêlent avec une finesse remarquable, si bien que l’on y perçoit quelque chose d’universel, qui parle sans les mots et touche l’imaginaire sans lui imposer la moindre borne. L’ensemble, loin de se perdre dans l’incohérence, est clairement marqué par une personnalité musicale très singulière et joliment nuancée.

Explorer l’univers

La Carte Blanche est construite en collaboration avec l’Orchestre Région Réunion, mené par le chef d’orchestre français Laurent Goossaert.

Pour cette création spécifique, l’écriture vise à jouer de façon graduelle et alternée entre l’acoustique naturelle (apportée par l’orchestre), l’amplification et l’électronique (amenée par Labelle).

Entre les deux extrêmes du spectre, allant du « tout amplifié et transformé » au « tout naturel », les possibilités de modulation sont infinies. Se propose ainsi à l’auditeur l’exploration d’un univers dont le tissu serait la « matière sonore », constellé du son de chaque instrument. Une occasion d’échanges de vibrations acoustiques et électroniques, propices à s’abandonner au vagabondage de l’esprit.

Le voyage est intérieur, car « l’univers n’est pas uniquement au-dessus de nos têtes, il se trouve en nous, aux confins de ce qui nous compose ». Cette traversée propose aussi, pourquoi pas, une certaine résonnance spirituelle.

Maupassant a écrit : « le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité connue pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve ». La Carte Blanche de Labelle donnera sans doute à cette réflexion une dimension musicale nouvelle. Il suffit de se laisser porter.

Lalou


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