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Sous les lunettes de Zerbinette

Un cheval entre dans un bar

Où ta Zerbinette choisit de suivre l’engouement collectif et s’emballe pour ce joyau de la rentrée littéraire.

On ne présente plus David Grossman. Lauréat du prix Médicis étranger 2011 pour son magistral Une femme fuyant l’annonce, cet auteur israélien, rejetant tout communautarisme, m’avait fortement émue. Bien qu’ayant perdu son fils tombé au combat tandis qu’il achevait un roman tristement prophétique, l’homme reste imperméable à la victimisation et poursuit son combat littéraire contre le surarmement et la surenchère offensive, d’une plume d’autant plus intègre qu’elle est sans concession envers les siens.

Son dernier ouvrage, tiens-toi bien mon petit lecteur, est un chef-d’œuvre condensé. Un huis-clos de 166 pages dans lequel deux hommes d’âge mur se retrouvent pour achever un cycle intérieur. Il m’est difficile de t’en dire plus sans briser l’attrait de l’implacable construction de ce récit hypnotisant. Alors contente-toi de savoir que nous sommes à Netanya, petit village d’Israël. Le juge en retraite Avishaï a été convié par Dovalé, un artiste comique miteux qui se présente à lui comme un vieil ami d’enfance : il s’agit d’assister à son one-man show. Avishaï, mu par une sombre attraction, s’exécute, ignorant qu’il deviendra à son insu l’un des protagonistes d’un sinistre drame.

Ne te laisse point tourmenter par l’incongruité des 30 premières pages. Grossman est un splendide prestidigitateur qui ne t’égare que pour mieux te jeter dans l’arène de l’âme humaine, où ses personnages se dépouillent progressivement. Et ce qui se joue ce soir-là dans cette misérable salle est d’une universelle et poignante beauté.

Un cheval entre dans un bar de David Grossman, 166 p., éditions du Seuil.