Rétrospective

la chronique au jour le jour du Sakifo 2008 : jour 2

un zeste de SAKIFO 2008

Notre zenvoyé spécial, grâce à sa fabuleuse carte de presse et sa tête passe partout, vous fait partager l’ambiance du Sakifo. Jeudi 7 août - jour 2 !

La journée se place dès le matin sous le signe d’une rumeur persistante sur la présence de baleines passant à quelques centaines de mètres du front de mer de St Pierre, donc du Village du Festival.

Faut-il voir là une tentative de resquille de nos amis mégaptères au billet d’entrée ? Probablement. Mais il ne faut pas oublier que des agents de sécurité surveillent la plage…et qu’ils ont pas l’air commode. Néanmoins, soulignons la fine intelligence de ces mammifères marins qui ont compris que l’unique accès frauduleux à ce Sakifo 2008, était l’accès par la mer, de type « commando marine qui débarque en toute discrétion ». Idéal pour contracter une pneumonie carabinée entre deux concerts.

Des concerts, justement, il y en eut beaucoup hier évidemment, et de bons.

A l’impossible nul n’est tenu et hier encore, je n’ai pas pu voir tous les concerts de la soirée. Rien d’étonnant à ça, puisqu’il y a deux concerts simultanés qui démarrent à 18h, et deux autres à 20h15. Alors comment faire à partir de demain où 3 scènes gratuites supplémentaires vont proposer des concerts dans la ville ? Ne surtout pas viser l’exhaustivité à moins de jouir du don d’ubiquité, et se laisser guider par ses cinq sens (six, si celui de la vue est altéré par l’alcool, comptant double…).

Tout fut donc affaire de choix : Gramoun Sello ou Mikéa ? The Sweet Vandals ou Lo’Jo ? Les Filaos ou la Poudrière ? Brochette ou bouchons ? Bière ou soda ? Aspirine ou boisson énergisante ?

Quelques heures avant l’ouverture des portes du festival, je reconnais le groupe Crossbreed Supersoul, tout juste débarqués de l’île sœur et venus prendre la température du Sakifo en participant au direct de RFO, pour une interview et un mini live.

- C’est moi, ou ils ont l’air un peu serré sur cette scène ? -C’est pas grave c’est pour la radio…y a pas l’image !

Les membres du groupe de rock mauricien me confient leur joie d’avoir pu jouer à l’édition mauricienne de ce Sakifo 2008, et d’être à nouveau là pour celle réunionnaise. Crossbreed Supersoul jouera demain à 18h sur la scène des Filaos.

Après le maloya roots de Gramoun Sello qui a fait danser les Réunionnais au rythme de ses morceaux d’anthologie, la scène Salahin a accueilli Kéziah Jones pour une grosse session funk, jazz et afro, du Bluefunk quoi !

Et quel plaisir de retrouver Mister Jones en trio, sa formation de prédilection qu’il a expérimenté dès 1992 pendant la tournée de l’album-manifeste Bluefunk is a Fact. S’appuyant sur un duo basse-batterie impeccable, Kéziah revient aux sources en assurant seul les parties guitares et chant.

Si on y perd sur la qualité des chœurs par rapport à des formations antérieures plus étoffées, on y gagne en revanche en énergie brute, voire brutale. En trio, c’est sans filet que le nigérian occupe l’espace sonore, simplement munie de sa voix, de sa guitare et de son talent.

Pendant la première partie du concert, j’ai vécu une sorte de révélation en scrutant le manche de la six-cordes de Kéziah. J’ai compris que ce dernier utilisait son pouce et non l’index pour réaliser ses accords en barré, à la manière du prophète Jimi Hendrix, lui aussi doté de doigts extra longs. Pratique, mais pas juste pour les autres…

Du coup, j’en suis venu à me demander si un petit bout de l’âme de Jimmy Hendrix avait pu venir se nicher dans celle de Kéziah, au niveau de la zone qui contrôle la sensibilité rythmique. Coïncidence ou pas, j’ai eu cette « vision prophétique » au beau milieu du morceau « All along the Watchtower », écrit par Bob Dylan et rendu planétaire par le médiator de Jimi, sur l’album Electric Ladyland.

Curieusement Kéziah Jones n’a joué que des morceaux de ses précédents albums, alors qu’il s’apprête à sortir un nouvel opus le 1er septembre, Nigerian Wood.

Après les concerts des Sweet Vandals et de Lo’jo, deux groupes acclamés par le public de la Ravine Blanche, la soirée placée sous le signe du Nigéria a continué. Seun Kuti a su, le temps d’un concert, faire renaître avec brio l’âme de son père. Epaulé par les Fela’s Egypt 80 (orchestre qui sévissait déjà aux côtés de l’inventeur de l’afrobeat), il reprend à l’identique la formule initiée par son illustre paternel.

Un pur régal afro-jazz de transe qui a conquis le public. Dès les premiers accords, la grosse machine afrobeat s’est mise en branle pour plusieurs heures d’une rythmique envoûtante, agrémentée de solo de saxophone ou de trompette. Le tout porté par un Seun Kuti bondissant, qui pousse le mimétisme avec son père jusque dans chacune de ses expressions physiques. En fermant les yeux hier soir face à la scène Salahin, on pouvait se croire transporté à Lagos aux plus belles heures de la déferlante afrobeat.

Le plateau musical d’hier avait une saveur toute symbolique si l’on pense que Kéziah Jones a été l’un des derniers « reporters » a avoir interviewé Fela Anikulapo Kuti. Une interview pour le compte d’un magazine britannique, réalisée en 1996 soit un an avant la mort de Kuti, au sein de la République de Kalakuta à Lagos fondée par l’iconoclaste père de l’afrobeat.

Je vous laisse avec la question du jour : Quel est le nom de cette nouvelle méthode de remise en forme importée des Etats-Unis, illustrée par la photo ci dessous ?

Et je précise que par solidarité avec le gagnant d’hier, celui d’aujourd’hui remportera exactement la même chose, à savoir un horoscope personnalisé. A demain pour de nouvelles aventures…

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