la chronique au jour le jour du Sakifo 2008 : jour 1

un zeste de SAKIFO 2008

Notre zenvoyé spécial, grâce à sa fabuleuse carte de presse et sa tête passe partout, vous fait partager l’ambiance du Sakifo. Mercredi 6 août - jour 1 !

L’Azenda m’avait donné le choix entre les J.O de Pékin et le Sakifo de St Pierre. Rebuté par la testostérone, allergique à toutes les formes de pollution, et viscéralement attaché aux doigts de l’Homme (sur les manches de guitares), j’optai pour un reportage exclusif sur ce Sakifo 2008 et laissai à d’autres le soin de narrer en détails les exploits sportifs de nos Olympiens contemporains ...

Arrivé vers 16h sur le site de la Ravine Blanche, je découvre le cadre de cette nouvelle édition, première du genre dans le Sud. Le village du festival est situé sur le front de mer, vaste espace délimité d’un côté par l’hôtel Palm Beach et de l’autre par le terrain de beach soccer.

3 scènes jalonnent le site à bonne distance et à cette heure de l’après-midi, c’était encore le calme avant la tempête. Les techniciens, bardés de câbles comme d’autres le sont de diplômes, font d’incessants allers-retours entre la console et le plateau, occupés à faire les derniers réglages son et lumières.

La plus grande des trois scènes, Salahin, est tout simplement impressionnante. Immense, elle tourne le dos à la montagne, et a des airs de base de lancement de la fusée Ariane. Si avec elle, la soirée ne décolle pas… c’est à n’y plus rien comprendre.

Je continue mon repérage des lieux…en évitant soigneusement tout ce qui ressemble de près ou de loin à une buvette, mon instinct me mettant en garde contre une imprégnation alcoolique trop précoce (ça n’est que partie remise, me dis-je en mon for assoiffé et intérieur). Chose bien malaisée en vérité que de ne rien consommer, car le site compte de très nombreux points de restauration. De la bière, des sodas, des brochettes, des sandwichs et des bouchons en tous genres… une chose semble acquise en ce premier jour de festival : le public ne devrait mourir ni de faim ni de soif.

Près de la scène des Filaos, je découvre le carré Orange VIP, plutôt calme à quelques heures du premier concert. Ici c’est ambiance détente sur un transat et doigts de pied en éventail face aux rouleaux de la côte Saint-Pierroise. Ca doit être chouette comme boulot, VIP. J’espère pouvoir rejoindre un jour cette corporation.

Au détour de ma balade, j’ai pu constater qu’il existait aujourd’hui des guitares d’une grande technologie, dotées d’un CD incorporé contenant une trentaine de chansons (de la variété ou de la pop, j’imagine). La lecture de l’album se déclenche à la première vibration sur les cordes, et le guitariste n’a plus qu’à faire semblant de jouer. Très pratique, l’instrument devrait être d’une grande utilité pour certains artistes français, trop souvent en mal d’inspiration….

Autre surprise, la couleur en vogue chez les batteurs semble être le rose….

Aux alentours de 17h30, la foule se masse devant l’entrée du Village de la Ravine Blanche. Encore quelques instants et les premiers festivaliers vont pouvoir accéder au cœur du festival. Du côté de l’équipe du festival, on s’affaire aux derniers réglages…

Dès l’ouverture, je suis surpris de constater qu’une partie de la foule se dirige immédiatement vers le Sakishop, astucieusement placé par les organisateurs en face de l’entrée. Pendant au moins une heure les tee shirts Sakifo se sont vendus comme des petits pains.

Progressivement, le public investit les allées du festival en se dirigeant tranquillement vers la scène des Filaos, où le groupe Lo Griyo, lauréat du Prix Alain Peters de l’an dernier, va avoir l’honneur d’ouvrir le bal et les festivités. Armé de sa kora, Sami Pageaux-Waro entame son désormais fameux « Servis kabaré », entraînant avec lui le public vers des sommets hypnotiques.

Toujours aussi populaire, le groupe Baster a fait le plein sur la scène de la Poudrière. Thierry Gauliris et son groupe ont enchaîné les tubes d’hier et d’aujourd’hui, repris en chœur par un public ravi. On pouvait voir un sourire sur toutes les lèvres, et le reggae de Baster n’a visiblement rien perdu de son aura d’antan. Côté conditions climatiques, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y avait un peu de vent sur le site et beaucoup de cheveux sur la scène :

Une preuve supplémentaire s’il en fallait une :

Je ne vais pas vous raconter d’histoire sur le concert d’Asa car je n’ai assisté qu’aux deux derniers morceaux du spectacle. Lorsque je suis arrivé au niveau de la scène Salahin, la chanteuse nigériane était en train de jouer l’un de ses tubes pop-folk du moment, « Fire on the Mountain ». Asa avait visiblement trouvé grâce auprès du public, qui l’a longuement acclamée avant sa sortie de scène.

Puis vint l’heure du concert intimiste d’Emily Loizeau, apparemment très heureuse d’être présente à St Pierre. C’est dans une longue robe blanche et les pieds nus, que la belle a égrené les plus belles compositions de son album, A l’autre bout du Monde. Pendant plus d’une heure, Loizeau a déployé des trésors d’ingéniosité scénique et mélodique, jouant avec sa voix ainsi qu’avec le public, délivrant des anecdotes et des bons mots qui rendent le personnage particulièrement attachant.

Ouh là ! J’ai failli me faire avoir. Il ne fallait pas rater la fin du concert d’Emily Loizeau ! Car la demoiselle avait préparé une surprise à son public : un morceau en duo avec Danyèl Waro. Une chanson très mélodique qui démarre tout doucement, un peu à la manière d’une comptine. Puis au bout de quelques minutes, la comptine s’est muée en maloya endiablé qui a mis le feu dans l’assistance. L’une des grosses sensations de la journée !

Tiken Jah a investi la grande scène Salahin aux alentours de 21h30, en compagnie d’une formation au grand complet (11 personnes sur scène). La foule venue acclamée l’Ivoirien était nombreuse et compacte. Il a fallu jouer des coudes, des pieds et des poings pour se frayer un passage dans cette marée humaine. Section de cuivres à sa droite, duo de choristes à sa gauche, Tiken Jah Fakoly arpente la scène de long en large tel un lion en cage. Chaque morceau est l’occasion pour l’Ivoirien de jumper sur la scène et d’assurer le spectacle.

Fidèle à son style, le chanteur s’adresse au public entre chaque titre pour aborder les problèmes de l’Afrique contemporaine. Revenant sur l’actualité, il a notamment précisé le fond de sa pensée au sujet du Zimbabwe. Se félicitant de la condamnation quasi unanime des occidentaux face à la réélection de Robert Mugabe, il a condamné dans le même temps l’Union Africaine qui a, de fait, entériné cette élection pour le moins trouble.

Acclamé par le public réunionnais, Mister Fakoly a assuré hier soir un bon concert. En grande forme, il nous a gratifié d’un florilège de ses meilleurs morceaux, porté par un groupe techniquement impeccable. Chapeau l’artiste !

Au final, le seul bémol de cette première journée a concerné le groupe indien Avial, qui a vécu la mésaventure de jouer devant un public particulièrement clairsemé. Avial avait sorti les grosses guitares saturées et l’atmosphère assez sombre de ses compositions n’a, semble-t-il, pas conquis la majorité des festivaliers. Le groupe indien a sans doute pâti également d’un double effet papillon : d’une part un final Loizeau-Waro déjà mentionné qui a scotché une partie du public devant la scène des Filaos. Et d’autre part, une irrésistible envie d’aller camper à l’endroit où la vedette du jour allait se produire, du genre : « allons vite nous placer devant la scène Salahin avant que Tiken Jah n’arrive pour casser la baraque ». Pas toujours évident de se faire entendre au milieu des grosses pointures !

On termine sur la question du jour : A qui appartient cette blonde crinière au premier plan ? Il s’agit d’un membre du public venu applaudir Lo Griyo ? Je vous donne un indice : il connaît très bien le joueur de kora que l’on distingue au second plan.

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