Rétrospective

la chronique au jour le jour du Sakifo 2009 : 6 août 2009 - jour 2

un zeste de SAKIFO 2009

Où Nono, suite à une première soirée gratuite sur le front de mer de Saint-Pierre, se demande bien comment sera la partie payante du Sakifo. Et où il découvre, outre Kaf Malbar et Curumin, les toilettes sèches qui seront pour lui une révélation. Tout comme la coiffure curieuse de George Clinton...

Les journaux ne sortent pas tous les mêmes chiffres (certains parlent de 10.000 personnes, quand d’autres évoquent 15.000), mais ils sont unanimes pour dire qu’à la première soirée gratuite du Sakifo, les spectateurs s’étaient déplacés en masse. Alors, forcément, pour la première journée payante du festival, je me demandais comment serait l’accueil.

Arrivé sur place vers 17 heures, on tourne un peu avant de trouver l’entrée presse, en regardant tout de même la montre, parce que, figurez-vous, nous devions retrouver les petites mains sympathiques qui vous tendent chaque soir l’Azendakifo, pour vous orienter au mieux dans le festival. Arrivé à l’entrée principale du festival, force est de constater qu’il y avait du monde.

A écouter discrètement les festivaliers, j’ai remarqué que le nom qui revenait le plus souvent était celui de George Clinton : l’artiste a, semble-t-il, boosté la soirée sur son nom. Pourtant, il y avait un groupe jouissant lui aussi d’une excellente réputation et qui a chauffé à blanc les spectateurs arrivés dès dix-huit heures sur place.

Vous aurez reconnu évidemment The Aggrolites, les fichtrement efficaces musiciens californiens. Tout de noir vêtus, ils ont donné un show plein d’énergie (j’allais dire de testostérone, mais je réserve le qualificatif à Kaf Malbar). En dignes représentants du rocksteady, ils ont proposé un ska au tempo binaire, un ska vraiment efficace, dans lequel le clavier et le chanteur ont fait des merveilles. Sans parler des jolies petites touches de rythm’n’blues, qui furent autant d’interludes dans l’heure et demie que dura le concert.

Puis vint le tour de Curumin, les Brésiliens dont je vous avais parlé hier. Indéniablement l’une des surprises du festival (enfin, pas vraiment pour les lecteurs de l’Azenda qui s’en doutaient déjà), avec un son rarement entendu, où le trio d’Amérique du Sud assume complètement son héritage musical, tout en proposant une vraie musique digne des meilleures nouvelles scènes. Lesquels Curumin semblent d’ailleurs apprécier le maloya, puisqu’ils passèrent un bon bout de temps dans un petit kabar improvisé dont je vous reparlerai dans quelques lignes.

Mais n’allons pas trop vite en besogne, puisqu’il y avait également Kaf Malbar et Chinese Man. Je ne vais pas vous le cacher, Kaf Malbar, ce n’est pas mon univers. Pourtant, ceux qui affirment que le plus intéressant dans les concerts du Kaf est finalement la gente féminine peuplant le public, exagèrent, me semble-t-il, un peu. Celui qui a vu Kaf Malbar ne peut pas nier qu’il a assurément du talent, qu’il envoie un son énergique et puissant, et qu’il a son public, important et fidèle.

Public qui était également présent à Chinese Man (en termes d’effectifs, les deux concerts simultanés les plus équilibrés de la soirée), les soundmakers marseillais qui balancent des samples pêchus, m’ont fait passer un excellent moment. Comme Ez3kiel, dont ils m’avaient dit lors de la conférence de presse d’avant-hier (l’art de distiller ses infos d’un papier à l’autre) vouloir emprunter le beau chemin, comme Ez3kiel donc, ils nous ont proposé un spectacle laissant la part belle au scratch, certes sonores, mais aussi vidéo. En un mot, la vidéo se cale sur la musique en live. C’est beau la technologie, surtout quand c’est fait avec autant de talent et de doigté, et un esprit cartoon très sympa pour ce genre de musique qui a souvent une esthétique assez sombre. On retiendra notamment les samples de jazzmen américains ou du tube de la Betty Boop de notre enfance.

Une pause s’impose

Il faut toujours organiser son discours, histoire de ne pas perdre son aimable lecteur. Alors, lecteur, figure-toi qu’au moment où Betty Boop apparait sur la toile derrière Chinese Man, ça fait grosso modo quatre heures que je suis sur place. Evidemment, tu t’en doutes, maintenant que j’ai mon petit gobelet écolo, je ne tourne pas qu’à l’eau, même si je reste, tu le sais, modéré. Alors, autant par curiosité que par nécessité, j’ai eu envie de tester les toilettes sèches. Si, si, vraiment. Pour ceux qui veulent tenter le grand frisson du pipi dans les copeaux, elles ne sont pas très loin des automobiles (un peu moins écolos celles-ci). Alors, plutôt que de faire de longs discours, autant être clair, des toilettes sèches, ça ressemble à ça :

Oui, je sais, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère, je sais que tu es en train de m’imaginer entrer dans les cabinets, sortir mon 350D et faire une photo de la cuvette. C’est ça le reportage : tu noteras mon sens du sacrifice. En vérité, détrompe-toi, on peut y rester des heures. Car curieusement, alors que les toilettes de festivals, généralement, c’est l’horreur (entre les vomis des mecs bourrés, les mêmes qui ne font plus droit et ceux qui ont cassé le loquet de fermeture), ces toilettes sèches sont vraiment idéales : en bois, sans aucune odeur, juste des petites feuilles… je te jure, lecteur, après deux bières, tu fermes les yeux, tu as l’impression d’être en pleine forêt.

Mais je m’égare, je m’égare, je ne vais pas faire tout mon papier sur les toilettes sèches du festival (si j’ose dire), même si elles sont d’une belle initiative. Même si j’ai une carte blanche de 6000 signes. Mais ce serait vous priver de George Clinton, qui a conclu la soirée. Grosse artillerie, nombreux musiciens, Georges Clinton est plutôt là comme chef d’orchestre, comme icône. Du coup, parfois, entre de vrais bons moments scéniques, on s’est un petit ramolli le temps de quelques titres, en prenant conscience que les stars, elles aussi, vieillissent.

Ce qui n’enlève en rien cependant à la mise en scène efficace du spectacle, fonctionnant sur les archétypes du R’n’B, avec son lot de chaines en or, de casquettes de rappeurs et de jolies minettes.

C’est dire si en quittant le festival, non sans passer par CongopunQ, dont je vous reparlerai certainement, nous fûmes loin de l’esprit R’n’B, lorsque nous tombâmes (c’est beau, le passé simple, sur le ouèbe) sur des percussionnistes qui avaient décidé de passer un moment de maloya. Au rouler, l’un des musiciens de Mangalor. Dans le public, Curumin au complet, visiblement conquis. Et au final, un petit kabar convivial sous un toit de feuilles de vacoa, qui nous rappelle que sans ampli, c’est beau aussi la musique !

Texte & Photos : Nicolas Millet

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