Rétrospective

la chronique au jour le jour du Sakifo 2009 : 7 août 2009 - jour 3

un zeste de SAKIFO 2009

Où Nono, après avoir vu Ziskakan et Mélissa Laveau, assiste au concert de la très jolie Mayra Andrade. Mais c’est de Zaza Fournier qu’il tombera amoureux, et le coeur battant, il regardera, tout troublé, les concerts de Groove Lélé, R.wan, Khaled, Anthony Joseph et Ben’Bop...

On me l’a dit, on me le répète régulièrement, et je le prends comme un luxe infini : j’ai carte blanche. Carte blanche, pour vous parler de ce que j’ai vu hier soir, de ce que j’ai aimé, de ce qui m’a moins plu.

J’ai aimé, ainsi, la rencontre impromptue de Ziskakan et de Baster, au Vince Corner, en début de soirée. Lancée à l’initiative de la Sacem et de Michel Mey, la petite scène de bord de mer a accueilli trente ans de carrière d’un côté, vingt-cinq de l’autre. Ceux qui y étaient en ont pris plein les oreilles et, puisque nous ne sommes pas, à l’Azenda, avares d’informations, vous serez ravi de savoir, que le 29 septembre prochain, dans l’Ouest, les deux groupes se retrouveront de nouveau sur la même scène. Je vous le dis tout net : j’ai aimé ce moment inattendu, mais je ne vais pas m’éterniser, car hier soir, je suis tombé amoureux.

Vous allez me demander de qui, mais avant je vais vous parler de Mélissa Laveaux, petit bout de femme débarqué du Canada, qui interprète, sur la scène des Filaos, des chansons à la guitare, avec une voix qui s’accorde si bien avec ses arrangements jazzy. Je pourrais m’éterniser, vous dire tout le bien de ce que j’ai pensé de sa mise en scène sobre laissant entièrement la place à ses beaux silences, mais hier soir, je suis tombé amoureux.

Je dois aussi vous parler de Mayra Andrade, qui est belle sur scène quand elle parle, toute capverdienne qu’elle est, un français impeccable. Ce qu’elle fait touche au cœur, avec sa voix douce qui est en vérité d’une grande puissance. Je pourrais vous parler de ses froufrous, si jolis sous le vent et les projeteurs rouges, mais voilà, hier, soir, je suis tombé amoureux.

J’aurais pu ne pas la croiser, ne pas voir ses jolis yeux et entendre sa jolie voix, gouailleuse et sensuelle, parce qu’il y avait le grand, que dis-je, l’énorme Anthony Joseph et son Spasm Band, qui colle ses mots, de sa voix de cador, sur les sons de son quintet de jazz, flirtant avec le verbe et glissant, dans une virtuosité et une puissance rare, vers l’afrobeat. J’aurais pu vous parler de son doigté pour capter la foule, mais voilà, Anthony Joseph n’a pas suffit à ce que je ne tombe pas amoureux.

Groove Lélé, sur la jolie scène de la Poudrière, aurait pu me rappeler à la raison. Parce qu’ils sont définitivement les dignes héritiers de leur aïeul, Gramoun Lélé, et proposent un maloya survitaminé, très influencé par les rythmes africains et les dialectes anciens. Avec Groove, la voix est un instrument à part entière, une percussion comme une autre. Et corporellement, il faut absolument voir le groupe se lever, se placer côte à côte et balancer, juste avec leur pieds, tels des danseurs de claquettes made in Mascareignes, des rythmes qui font danser les trois-mille spectateurs présents. J’ai été impressionné par Groove Lélé, par leur maitrise scénique et leur esprit de famille, par leur culot de faire venir la troisième génération en la personne d’un ti marmaille de trois ans et demi qui tape déjà sur le rouler avec le même talent que ses parents. Mais voilà, je suis tombé amoureux, et Groove Lélé n’a pas suffit.

En matière d’amour, le roi du raï, Khaled, aurait pu atténuer mes sentiments, quand il a chanté ses mawwals, et que le public, en transe, s’est dandiné sur les rythmes oranais qui ont peuplé l’enfance du chanteur. Le oud, le violon à l’oriental la flûte-ney auraient pu me remettre sur pattes, afin que je ne pense plus à celle que je ne vis qu’une heure, mais que je reverrai ce soir à 19 heures, au Filaos. Khaled n’a rien pu faire…

Ben Bop non plus n’a pas pu me la faire oublier. Et pourtant, dieu sais qu’ils ont du talent, ceux-là, avec leurs deux chanteurs sénégalais, Mao Sidibé et Kadou Seck, anciens de No Bluff Sound. Ils ont de l’allure, a bouger sur scène sans cesse, défendant le groove avec hargne tandis que le violoniste Arnaud Samuel, ancien de Louise Attaque, semble prendre un plaisir infini à faire claquer son instrument sur des chansons bigrement rock, interprétées en wolof, français et anglais.

Ben Bop est une merveille de nouveauté, et est sans doute le premier groupe à avoir réussi à lier, avec autant de justesse et de panache, les sons métissés d’Afrique et le bon vieux folk-rock qui donne la pêche.

Mais voilà, tout talentueux qu’ils sont, ils ne pouvaient pas deviner que j’allais tomber amoureux, juste avant d’aller voir R-Wan, le chanteur du groupe Java qui, seulement accompagné d’un batteur, part dans des délires musicaux, où les textes répondent aux percus, où celles-ci se font le mime sonore des histoires rocambolesques racontées par le chanteur, lui même déguisé en canard où en plongeur. Ses chansonnettes, hautement parodiques, sont agréables à écouter, et R-Wan a un talent fou pour passer, en quelques secondes, d’un slam rigolo à un punk forcément excessif. Mais voilà, sa reprise moderne de « Laisse béton », pourtant bien fichue, n’a pas pu faire disparaitre de mon esprit celle que je venais de voir, quelques instants plus tôt, sur la petite scène accueillant habituellement RFO.

Hier soir, je suis tombé amoureux de Zaza Fournier, qui arrive sur scène et qui a assez de charisme pour dire au public, suite à un problème technique : « je reviens dans cinq minutes ; mais je vous préviens, si vous n’êtes plus là, je vous tue tous un par un ».

Tout le monde est resté, parce qu’elle a ce truc inexplicable des grandes chanteuses, l’attitude frêle de Piaf, enlaçant son amant le violon dans une attitude glam, accompagné seulement d’un iPod, branché à un ampli, qui sert de boite à rythmes. Hier soir, je suis tombé amoureux de Zaza Fournier, car elle a un talent incroyable pour dire combien elle est heureuse d’être là, après avoir galéré à Paris, réduite qu’elle était à chanter dans la rue. Il faut la voir, raconter ses histoires entre chaque chanson, prendre le public par le bout du nez, comme les meilleurs conteurs, refusant à tout prix les bon sentiments et le politiquement correct. Il faut la voir, prendre la bouteille d’eau, se rafraichir un peu, et dire à ceux qui ont une bière à la main, que « c’est quand même plus sympa, ce qu’[ils] boivent ». Il faut voir Zaza Fournier, envoyer de sa voix puissante des chansons d’une autre époque, et pourtant si actuelles, juchée sur son tabouret. Il faut voir Zaza Fournier, dire ses mots avec une fêlure bien visible, qui fait se rhabiller les petites chanteuses à la mode dont nous abreuvent à longueur de journée, des radios qui oublient que le talent n’aura jamais besoin d’M6 ou de la Star Ac’.

Alors, merci Zaza. Je vous dis à ce soir…

Texte & Photos : Nicolas Millet

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