Rétrospective

la chronique au jour le jour du Sakifo 2009 : 8 août 2009 - jour 4

un zeste de SAKIFO 2009

Où Nono se balade, de Terre-Sainte à Ravine Blanche, pour voir du bon et du très bon, tels Alex, Java, Toguna, Olivia Ruiz et CongopunQ...

S’il fallait garder un mot, je crois que ce serait le mot « plein ». C’est en effet une foule impressionnante qui a embarqué pour le Sakifo. Alors, cher lecteur fidèle, laisse-moi te conter ma petite après-midi d’hier au Sakifo.

Je dis hier, mais en fait, toute cette épopée s’est achevée au petit matin, quand les coqs ont décidé de ne pas laisser le noctambule paisible, reprendre ses esprits après une bonne dose de décibels, de bains de foule et de rock’n’roll.

Tout a commencé en début d’après-midi au Trou Bleu, à Terre-Sainte, cette petite place avec jetée sur la mer. Quelques buvettes, des t-shirts en vente et, sur scène, Gautier, dans une ambiance populaire, a fait résonner le sega, et des chansons à la guitare, d’une douceur agréable sous un beau soleil (oui, par soucis du détail, je vous offre aussi la météo).

Alex, quant à lui, a proposé un hip-hop puissant, se jouant des codes musicaux, en passant allègrement d’un son moderne pour revenir, avec un sens inné du rythme, aux refrains locaux. Une belle présence sur scène, une vraie envie de partager son plaisir de jouer dans ce cadre.

Et puis, avec mes gambettes, j’ai chopé une navette (pratiques, les navettes !) pour me rendre sur le site de Ravine Blanche, et là, il y avait incontestablement plus de monde que lors des soirées précédentes. Je suis arrivé et, après m’être rafraichi (c’était devenu une coutume, au bar du Vince Corner, avec le rédac-chef [pourvu que le boss ne lise pas ces lignes…]), j’ai zigzagué dans la foule devenue impressionnante. Et je suis tombé sur Java...

Je savais que les types avaient une réputation de bêtes de scène avec plus de mille concerts en dix ans, mais là, vraiment, c’était bluffant. R.Wan, le chanteur – qu’on avait vu la veille avec Radio Cortex - charismatique et survolté, a fait danser les milliers de personnes présentes. Moments forts du concert, la chanson engagée contre Nicolas Sarkozy, à qui Java conseille simplement de « fermer sa gueule », puis l’arrivée, devant un parterre conquis de Toguna et Alex pour accompagner les quatre musiciens de punk-musette.

Lesquels membres de Toguna s’étaient produits un peu plus tôt chez Vince, offrant une musique world aux personnes venant de franchir les barrières.

Franchement, pour se rendre compte de l’ambiance, il n’y a qu’à regarder les yeux des spectateurs placés aux premières loges.

Après ce moment cathartique, il était temps de se rendre sur les autres scènes. Bien sûr entre temps, je m’étais retrouvé avec Zaza Fournier, qui avait, cette fois-ci, une grande scène rien que pour elle, et un public nombreux, qui a, c’était écrit, apprécié sa gouaille et ses chansons, malgré quelques problèmes techniques de début de concert, qu’elle a envoyés valser d’un sourire et d’un bon mot. Après avoir fait danser les gens sur une chanson lente – Zaza Fournier milite en effet pour le retour du slow dans les soirées – Anis a plaqué les premiers accords sur sa guitare, en faisant, un petit chapeau élégamment vissé sur la tête, une entrée tonitruante (je le sais, cette phrase a un petit côté ORTF des années 50…).

Celui dont le timbre de voix s’allie si bien avec ses chansons à textes, un peu décalées et funky, a eu un franc succès. Accompagné d’une jolie section de cuivres façon Blues Brothers, il a repris des standards et interprété de nombreuses chansons de Lisboa, son nouvel album. Un franchement bon moment.

Ce n’était qu’une mise en bouche pour le spectacle de celle qui a suivi : je parle évidemment d’Olivia Ruiz, dont j’avais entendu dire, parfois, qu’elle n’était qu’une petite chanteuse, à la sauce nouvelle scène. Pour l’avoir vu fricoter avec le rock français, il me semblait au contraire qu’elle pouvait avoir un vrai côté glam, guitares saturées, et danses déjantées. Ca n’a pas manqué. Rejointe pour une chanson par Mathias Malzieu, l’excellent et survitaminé chanteur de Dionysos, producteur de son dernier album, Olivia Ruiz a proposé un vrai spectacle, construit, pêchu et vivifiant. Même le carré VIP, pourtant habituellement assez calme, a repris en chœur certains refrains.

Tard dans la nuit, CongopunQ a réinvesti le Vince Corner, proposant un spectacle magique et complètement barré, au croisement du cirque sonore, de la performance musicale et de la transe expérimentale. Il faut absolument voir Cyril Atef, batteur, notamment de l’excellent M, s’amuser avec son comparse et les rythmes de sa drôle de batterie, pour faire danser un public sur des rythmes binaires, mais ô combien bien arrangés.

Lequel Cyril Atef, visiblement sensible aux percussions locales, n’hésite pas à aller se déhancher sur du maloya, avec un vrai sens de la danse et du délire, chapeau blanc sur la tête, à la façon des gramounes des hauts, dans un petit endroit du Sakifo qui accueille, à la nuit tombée, des moments kabaré…

Voilà, cher lecteur, mon semblable, mon frère, comme disait l’autre, le jour 4 du Sakifo. Je pourrais te faire croire que ça s’est terminé ainsi, à rentrer avec Bobonne, descendre les poubelles et faire uriner le chien, avant d’écrire enfin, tard dans la nuit, pendant que tu étais en train de passer la barrière des (imposants) vigiles, les lignes que tu es en train de lire.

Mais rien ne fut ainsi, car Ker Faya se mit aux platines. Vince, accompagné de deux acolytes, dont l’un au mélodica, envoya, jusqu’au bout de la nuit, des sons de reggae roots, sur lesquels les vrais noctambules ont commencé à danser, avec un plaisir communicatif. Pas avare en chansons, la basse de la Jamaïque fit, au loin et tard dans la nuit, danser les vagues, et chanter le vent…

Texte et photos : Nicolas Millet

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