Rétrospective

la chronique au jour le jour du Sakifo 2009 : 9 août 2009 - jour 5

un zeste de SAKIFO 2009

Où Nono, après avoir passé une courte nuit à cause du méchamment bon Ker Faya Sound System, se rend au Risofé de bon matin, vibre sur Zong, danse avec Waro, croise Bazbaz par hasard, tripe complètement sur Winston McAnuff et s’endort un peu devant Ayo...

Cher lecteur, mon semblable, mon frère, les statistiques de visites de ces articles me font dire que tu es fidèle au rendez-vous. Je t’en remercie. Malheureusement, sache que, parvenu à la dernière de ces lignes, nous nous quitterons, pour nous retrouver, sans doute, dans la version papier de l’Azenda en septembre. Oui, je sais bien qu’à l’heure où tu lis ma prose, écrite tard dans la nuit, tu as envie d’écraser une larme, parce qu’en effet, le Sakifo est terminé.

Vas-y, je t’en prie, je ne porte pas de jugement sur toi, laisse-toi aller, pleure, ça fait du bien. Pendant que tu attrapes un mouchoir, je vais quand même commencer, la presse écrite supportant mal, comme la radio les silences, les espaces blancs.

Hier, tout a démarré aux aurores, avec le Risofé, au Trou Bleu de Terre-Sainte. Si tu as lu le compte-rendu du Jour 4, tu sais que je m’étais endormi au petit matin, après avoir ressenti les salvatrices vibes de reggae roots envoyées par Ker Faya et son sound system.

C’est te dire si le Risofé à neuf heures fut une bonne occasion de se réveiller en douceur. Nombreux étaient les noctambules qui, ayant fait la fête jusqu’au bout de la nuit, se retrouvèrent là, hagards mais joyeux, pour assister à l’hommage que Nicole Dambreville, Jean-Luc Trulès et le Vollard Combo rendaient à Arnaud Dormeil. Le tout autour d’un carry morue, préparé par les femmes des pêcheurs du quartier mitoyen de Saint-Pierre, au son des cuivres nombreux. Bien sûr, il y avait une scène, et bien sûr c’était chouette. Mais dans ces moments-là, les instants impromptus sont tout aussi bons que les scènes prévues. A l’image de ces hommes du quartier qui ont improvisé des maloya au moment du déjeuner.

Arnaud Dormeuil, qui aimait tant l’improvisation, a dû, de là-haut, apprécier… En cercle autour du rouler, du kayamb et de la caisse claire, on s’est dandiné, et finalement, après trois ou quatre morceaux, les gambettes étaient dégourdies, le cerveau éclairci et les yeux plus ouverts : il était temps d’aller à l’opposé de Terre-Sainte sur le site de Ravine Blanche.

Autant te le dire tout net : ça a commencé en fanfare. Fanfare n’est sans doute pas le mot juste puisqu’il y avait Zong sur scène, Zong qui, comme tu le sais, est un groupe de fusion-électro dégageant une énergie folle. Il faut voir la chanteuse sauter pendant une heure, nous rappelant les pogos de notre enfance, pour finalement finir le concert dans un magnifique stage diving.

Ce n’était que le début de la fièvre qui allait gagner le Sakifo.

Car après les membres de Rupa & the April Fishes qui avaient mis une bonne dose de rythmes dans le cœur des festivaliers, Danyèl Waro était annoncé sur scène. Beaucoup d’ambiance, et le maloyer préféré des Réunionnais s’en est donné à cœur joie pour la saisir et la faire sienne.

Le public, chauffé à point par ces premiers concerts, était prêt à découvrir le grand, que dis-je, le très grand Winston McAnuff. Winston McAnuff : Le nom sent déjà la testostérone. Winston McAnuff. Grand copain de Java, il partage avec eux le goût de la scène comme terrain de jeu. Winston McAnuff. Je ne sais pas quel est son secret pour garder, à cinquante-deux ans, cette pêche, mais il faut le voir débarqué sur les planches, portant un costume d’officier de la marine et un chapeau de pirate.

Celui qu’on surnomme à juste titre Electric Dead est le James Brown du reggae. Une voix puissante, et une danse, surtout, parfaitement excessive, pas loin de la transe. Winston McAnuff a en effet une façon de bouger comme personne, et sa musique, si elle prend racine dans les sons jamaïquains, a des relents de funk qui ont mis le public en émoi. Le show, qui a duré une heure quinze, était un concentré de coups de jus et de plaisir.

Après la dernière chanson, Electric Dead a quitté la scène, avec un petit salut en courant. Les festivaliers lui firent un triomphe, avec un rappel de près d’un quart d’heure. Mais rien n’y fit. Patiemment mais sans oser le formuler, tout le monde attendait que Winston présente ses musiciens et vienne avec Java ou Cyril Atef de CongopunQ, puisque ces trois-là ont travaillé ensemble. Mais McAnuff ne revint pas sur scène. Une comète donc, puissante et éphémère.

Je ne te cache pas que j’aurais bien aimé en avoir une petite dernière pour la route. Histoire que le public, chaud comme rarement, transforme le moment en un grand n’importe quoi. Mais ce ne fut pas le cas.

Tout à ma déception, quittant le parterre sableux de la scène de la Poudrière qui ne porta jamais aussi bien son nom, j’entendis soudain une guitare familière. Oui, c’était bien lui. Camille Bazbaz, avec qui j’avais pris la navette entre Terre-Sainte et Ravine Blanche et que j’avais croisé de nombreuses fois durant les premières heures du festival, faisait une petite apparition surprise au Vince Corner. Je ne vais pas te dire ce que j’en ai pensé, adorant trop le mec pour être tout à fait objectif. De plus, je devais me rendre au concert d’Ayo pour faire les photos qui illustrent chaque jour cette page. En tout cas, Bazbaz, tout en simplicité, a joué de nombreux morceaux de son dernier album et a offert à la petite centaine de personnes présentes un joli duo avec Mayra Andrade.

Je n’en ai pas vu la fin. Ayo, sur la grande scène, allait chanter pour les festivaliers. Ayo est indéniablement l’artiste qui a réuni le plus grand nombre de spectateurs. Il faut dire qu’elle concluait le festival et qu’elle était la seule à se produire à ce moment-là.

C’est donc une marée humaine qui a d’abord applaudi l’excellent Féfé, ancien membre du Saian Supa Crew. Féfé a chanté en première partie de la star,de très jolies chansons oscillant entre le hip-hop et le blues. Beaucoup de jeunes spectateurs, qui n’attendaient qu’Ayo, ont fait savoir leur impatience au chanteur, qui a balayé la requête d’un bon mot. Ils furent en vérité bien injustes car le son proposé par Féfé fait mouche, et on se prend très vite au jeu et aux rythmes du jeune chanteur.

Puis, enfin, après quelques gouttes qui ont dû faire bien peur aux organisateurs, la belle Ayo est arrivée, précédée de l’excellente réputation de son concert donné il y a deux ans à la Ravine, quand le Sakifo était encore dans l’ouest.

Mais hier soir, je ne te cache pas, cher lecteur, que j’ai été déçu. A voir les nombreuses vagues quittant le concert, je pense ne pas avoir été le seul. Ayo est pourtant charmante et propose de jolies chansons. Mais finalement, le tout était un peu mou, à l’image de la venue sur scène de jeunes membres du public, servant de faire-valoir à la chanteuse qui nous a dit tout le bien du métissage et de La Réunion, formidable terrain de tolérance. C’est un fait, mais on le savait, même si, en effet, c’est chouette ce mélange.

Mais voilà, la façon de l’amener était un peu sirupeuse, légèrement mièvre et, dans le fond, tellement facile et politiquement correct. Ayo n’est pas une chanteuse engagée et il eût été bon qu’elle se contente d’envoyer la sauce, de faire sonner les guitares et de nous donner un peu plus de vibrations dans l’échine.

Voilà, cher lecteur, ma dernière journée. Arrivé à ce point, je crois que la meilleure des choses qui m’attend, c’est, pour reprendre un titre de Chandler, un grand sommeil. Car au bout de cinq jours de décibels et de foule, tu me vois fatigué. J’ai les yeux qui brillent de fatigue, et la tête pleine d’images. Merci pour ta venue quotidienne sur cette page, j’espère que tu as passé un moment agréable et que, entre deux lectures et trois concerts, tu as pu écluser tes derniers jetons dans les débits de boissons du festival, rendre ton petit gobelet écolo, profiter des toilettes sèches et prendre, enfin, une navette qui, dans la nuit noire du bord de mer, t’aura ramené à bon port.

Car, c’est fini la zizique, aujourd’hui lundi, il faut aller au boulot. Courage, mon semblable, mon frère, et à l’année prochaine !

PS : Le Prix Alain Peters 2009 a été attribué à Alex (hip-hop maloya).

Texte & Photos : Nicolas Millet

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