Rétrospective

la chronique au jour le jour du Sakifo 2009 : 5 août 2009 - jour 1

un zeste de SAKIFO 2009

Le rédac-chef et le big boss ont été clairs là-dessus : cinq jours pour vivre l’événement, cinq jours devant et derrière la scène, avec pour seule contrainte la carte-blanche et, le pass autour du cou pour seul passeport, privilégier la balade à l’envie, dans les allées du festival, pour vous raconter, avec toute la subjectivité dont doit normalement se départir un journaliste, notre Sakifo. Let’s ride !

Vous avez peut-être entendu dire, ici et là, que le Sakifo a commencé mercredi soir. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Le vrai lancement, ce sans quoi l’esprit n’aurait pas vraiment été le même, c’est la soirée qui a eu lieu la veille, mardi soir. Car ce coup d’envoi, réservé aux professionnels de la musique et aux institutionnels, s’est fait sous les auspices de celui qui décida, il y a un demi-siècle et pour la première fois, de faire sortir le maloya de la kour : Firmin Viry. Rendez-vous était donc donné, à la nuit tombée, ligne Paradis, dans les hauts de Saint-Pierre, sur les terres du maloyer octogénaire.

Firmin et les siens

Alors, puisqu’on y était, qu’on vous raconte. Ca aurait pu être un cocktail, comme il y en tant, avec petits fours et champagne. Il n’en a rien été. Ce fut rhum et musique, avec un discours émouvant de Monsieur Firmin, chemise à carreaux, petit chapeau et écharpe verte. Et puis, parce qu’il chante la tolérance aussi bien qu’il en parle, il s’est soudain arrêté de parler pour pousser le refrain : je peux vous dire que dans ces moments-là, les étoiles courbent l’échine et même la lune le regarde. Ca avait quelque chose de beau, ces musiciens observant celui qui, il y a soixante ans, leur a ouvert la voie. Parmi les artistes présents, il y avait notamment Iza, Alex, Gilbert Pounia de Ziskakan, Jérémy de Baster et pas mal d’autres, mais pour le reste, il faudrait regarder si Paris-Match en parle. Alors que la nuit était tombée depuis longtemps, le rhum, deux djembés et un kayamb ont fait le reste. De bonne grâce, les musiciens ont commencé à faire résonner les peaux des percus, chacun a pris le micro, avec un plaisir non feint, le temps d’un maloya, et franchement, s’il n’avait pas fallu se réveiller le lendemain aux aurores, on y serait bien resté jusqu’au petit matin.

Le grand George

Parce que justement, le lendemain, il y avait du pain sur la planche. Tout d’abord les conférences de presse de Chinese Man, Curumin, George Clinton et Ayo. Ayo : j’ignore ce que cette fille dégage (je ne l’ai jamais vue sur scène), mais j’ai la fichue impression que tout le monde en parle. Ca tombe bien, elle est programmée en fermeture dimanche, et je sens qu’il va y avoir du monde. Il ne doit rien avoir de tel qu’une jolie fille faisant de la jolie musique. Alors, autant vous le dire tout net puisqu’on est entre nous, je n’étais pas mécontent de la croiser quelques jours avant son show et voir son grain de peau ailleurs que sous des projecteurs. Seulement d’Ayo, on ne vit rien, puisque de rendez-vous, il n’y eut point.

Mais les autres groupes ont largement remplacé la belle : d’abord Chinese Man, le groupe français qui a pour pilier musical Ezekiel. Les trois musiciens, en verve et en humour, ont décrit leur univers, nous ont parlé du scratch vidéo, de la vraie liberté des labels indépendants, et de la loi Hadopi qui, comme de nombreux artistes hors majors, ne les concerne guère.

Et puis Curumin (photo ci dessus), bien sûr, le groupe phare de la nouvelle scène brésilienne, tout en modestie, faisant l’apologie du métissage musical et du métissage tout court : voilà un groupe qui devrait se sentir comme chez lui à La Réunion.

Puis vint, sur les coups de quinze heures, l’heure de rencontrer Monsieur Georges Clinton (photo ci dessus). On ne va pas vous refaire sa bio ici, mais quand même, Georges Clinton, c’est énorme. Pour faire vite, disons qu’il est à la funk ce que Chuck Berry est au rock’n’roll : son inventeur. En baskets, survêtement clinquant et cheveux multicolores, il arrive radieux, accompagné de trois de ses musiciens. Comme je suis parfois taquin, ma première question concerne justement ses rajouts : je lui demande si sa coupe extravagante est un hommage à son premier métier de coiffeur. Ca le fait marrer. Et le voilà qui commence à raconter quelques anecdotes, à se réjouir de l’élection d’Obama, à défendre l’esthétique du R’n’B, avec chaines en or et jolis fessiers.

Un grand bonhomme, avouant qu’il n’est jamais venu à La Réunion, qu’il ne sait même pas vraiment où elle se trouve sur le globe mais que, dès qu’il aura un moment, promis, il cherchera sur une carte. Car George Clinton et ses acolytes parcourent le monde, jusque dans les îles lointaines : le prix à payer, c’est une formation resserrée de seulement… vingt-quatre personnes, au lieu des trente-huit habituelles sur scène.

Début des festivités

A dix-huit heures, à Saint-Pierre, ça commence à être l’effervescence. Les snacks sont dans les starting-blocks, les futs de bière sont branchés aux tireuses, les perruques bleues et vertes ont des verres consignés pour éviter de faire mal à Dame-Nature, le ciel est clair (il n’y aura guère plus qu’un peu de farine) et les premiers sons se font entendre. Tikok Vellaye, qui offrira un très joli concert, avec un bel habillage de lumière, est à la balance. Plus loin, Slamlakour déclame des textes devant un public captivé. Et puis il y a Jeff Lang, dont il faudra absolument reparler.

Pour chauffer les premiers badauds, un groupe de percussions, tout de blanc vêtu, donne le rythme sur le boulevard Hubert Delisle : dans le public, Camille Bazbaz, présent à La Réunion pour ses vacances, semble apprécier, tout comme François Joron, d’Ousanousava.

Alors que dire de plus de cette première journée ? On retiendra, outre Tikok, l’excellent Lindigo. Depuis leurs premiers pas sur les scènes réunionnaises, ce groupe, constitué exclusivement de percussions, s’impose peu à peu comme un groupe phare de la musique locale, réinvestissant avec bonheur et talent, le patrimoine riche des rythmes malgaches.

Sans parler de leur jeu scénique, tout en sobriété, mais – et le charisme de leur chanteur doublé de la chorégraphie impressionnante de quatre danseurs y sont pour quelque chose - bigrement efficace. Indéniablement, Lindigo (photo ci dessus) porte haut les couleurs de l’Océan Indien.

Lequel Océan, décidément, nous gâte, puisqu’au bout de la nuit, Maalesh(photo ci dessus), le grand chanteur des îles comoriennes voisines, a offert à un public restreint quelques magnifiques chansons, accompagné simplement d’une guitare, d’un djembé et d’une batterie.

Il fallait voir les gens se dandiner tranquillement, à une heure improbable, sur un front de mer presque désert. C’est beau, les fins de soirée d’un festival…

Et puis, chose promise, chose due, il y eut Jeff Lang (photo de droite), le guitariste australien dont on parierait qu’il a quatre mains, tant il fait ce qu’il veut de son instrument. On ne va pas passer par quatre chemins, c’était un grand moment, moment de maitrise, moment de technique, moment d’émotion que seuls les grands sont capables de donner. Jeff Lang se produira à nouveau ce samedi à 20h15 sur la scène Vince Corner.

Hors concerts, les australiens, sympas, se baladent pour découvrir les musiques locales, et il fallait voir le batteur de Jeff Lang, en transe devant Lindigo…

La Bible

Voilà. Je pourrais être plus long et plus subjectif, mais je suis à six-mille signes, et il faut quand même en laisser pour demain. Histoire de vous raconter ce que l’on pense des groupes. Parce que ça nous plait de partager. Même si ce n’est qu’une parole.

Et je vous quitterai en vous rapportant ce mot d’un confrère de France 24 à qui un membre du staff du Sakifo demandait s’il avait bien reçu tous les communiqués de presse. Etonné, le premier le regarde et lui répond : « oui, c’est bon, j’ai la Bible ». Et de sortir de la poche arrière de son jean, un numéro tout frais de l’Azendakifo. La Bible, bigre, rien que ça…

Texte & Photos : Nicolas Millet

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