Bibliothèque

Sous les lunettes de Zerbinette

Une vie entre deux océans

Oui petit lecteur, inutile de froncer un œil suspicieux au dessus de ta tablette : 4 paires de lunettes de Zerbinette sous le titre, ce roman est une pépite !!!

Après une traversée du désert dont tu subis récemment les désabusés commentaires, te voila récompensé. Pourtant, il s’en est fallu de peu... Laissant ma main folâtrer au rayon nouveautés de ma bibliothèque, voilà que je m’empare sans grande conviction du bouquin, dont la couverture et le titre m’évoquaient une bluette peu prometteuse.

Dés les premières pages, je fus emportée comme un faible hère sur sa coquille de noix par le souffle puissant de cette sombre aventure. L’écriture, quoique classique excelle dans les descriptions des paysages géographiques et psychologiques et crois moi, nonobstant l’infaillibilité de mon armure d’orgueil aux écailles luisantes de fierté, j’ai grimacé comme une gargouille pour contenir mes larmes au dernier chapitre. D’accord lecteur intraitable, d’accord. Venons en au fait car tu es seul juge.

Après la première guerre mondiale, Tom Sherbourne, jeune homme taciturne éprouvé par les tueries des tranchées cherche la solitude et le recueillement sur l’île de Janus, au large des côtes australiennes : il y occupe le poste de gardien de phare. Au cours d’un voyage de ravitaillement sur la grande terre, il fait la connaissance d’une fougueuse jeune fille, Isabelle, qui deviendra sa femme. Le couple s’installe sur Janus mais le bonheur se fissure au fil des fausses couches de la jeune épousée. Jusqu’à ce que Tom découvre, par une nuit de tempête, sur les rivages de son île, un esquif aux airs de providence divine. Dans les bras d’un cadavre, un nourrisson bien en vie gémit...

Formidable épopée de l’amour, de la maternité, et cruelle réflexion sur les liens du sang, le roman se dévore en Technicolor. Tu y entendras rugir les océans et frémir la nature hostile d’une île désolée, et je parie bien petit lecteur dubitatif devant tant d’engouement que tu te surprendras à craindre la vengeance, à redouter l’insoutenable châtiment, à pardonner l’impensable. Empare- toi vite de cette terrible histoire avant que les studios Dream Works, qui viennent de racheter les droits du roman ne t’imposent leur vision préfabriquée d’une tragédie intime qui ne déploiera sa fougue qu’au sein de ton imagination. Et de grâce, dis m’en vite des nouvelles.

Une vie entre deux océans de M.L. Stedman, 449 p., éditions Stock.