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Vavanguage Saodaj’

Ti pas, ti pas, ils se font un nom sur l’île et ailleurs. Saodaj, quintet métissé et ambassadeur d’un « maloya nomade », a porté et échangé sa musique sur d’autres continents. Son crédo : l’hybridation musicale et l’ouverture culturelle.

Mélange des couleurs musicales

Créé en 2011, le groupe se compose de cinq artistes passionnés et solidement formés, en constante recherche d’évolution musicale. Chacun apporte sa voix, sa touche instrumentale, colorée d’horizons variés et de parcours très personnels.

Au chant, Marie Lanfroy, initiatrice et leader du projet, auteure, compositrice ; et Mélanie Bourire, musicothérapeute férue de musiques afro-cubaines, percussionniste. Aux percussions (chant, roulèr, sati-pikèr, morlon, triangle, kayamb, drum ) on retrouve Jonathan Itéma, pilier rythmique de Saodaj’, et Frédrick Cipriano — dit Fodé, passionné de musiques africaines et formé au maloya auprès de Tyéri Abmon. Enfin, Anthony Séry, ethnomusicologue versé dans les musiques oubliées de l’Océan Indien. Il mêle diverses percussions (dont le ravann’) aux vibrations du didgeridoo.

Nuances Saodajiennes

Saudade : « sentiment de délicieuse nostalgie, désir d’ailleurs ». C’est de cette notion portugaise intraduisible que le groupe tire son nom. « Un peu comme ce sentiment amer qui nous submerge quand on repense à quelque chose qui nous était cher et qu’on a perdu. Comme ce concept nous a beaucoup parlé, et qualifie un peu la musique que l’on fait, nous avons pris sa phonétique et l’avons personnifié », résume Anthony.

Cette musique ne se limite cependant pas à une complainte mélancolique. Il y a chez Saodaj un esprit de célébration de la vie, un appel à la liberté, quelque chose de joyeux et de doux, de frais. Le quintet crée une musique terrestre et enracinée. Mais les voix incantatoires, lunaires, aux accents parfois même lyriques, lui confèrent une dimension aérienne et singulière. Construit autour des percussions acoustiques et de jeux vocaux, le style, dépourvu d’artifices, interpelle les sens avant tout.

Marie explique : « on s’inspire clairement des traditions du Maloya ; c’est un peu notre tarmac. Cependant, nous tentons de le revisiter et de nuancer le style avec une signature contemporaine. Nous créons quelque chose de terrestre mais qui s’émancipe, qui n’a pas de limite. C’est du Maloya, certes, mais ça parle plus que de nos racines. Notre musique n’a pas de configuration… »

Réalisation

Quatre ans et plus de 150 concerts après la sortie de son premier EP (6 titres, autoproduit et enregistré en live), Saodaj’ s’apprête à présenter un nouvel opus. Cinq titres fidèles au style et au son du groupe, comme autant de reflets des explorations et découvertes qui ont jalonné leur parcours à travers le monde.

Le concert sera l’occasion de découvrir ces nouveau sons, tout frais sortis de studio (fin d’enregistrement le 16 mars). Le groupe propose ainsi trois compositions déjà connues, mais revisitées et soigneusement réarrangées, et deux inédits : « Le premier EP a été réalisé en live. Là, on avait envie de prendre le temps pour traiter les thématiques et enregistrer en studio », dit Marie. On y remarquera la collaboration avec le musicien Nicolas Bras, qui ajoute un aspect mélodique intéressant et une personnalité musicale complémentaire. Il s’agit là encore d’une autoproduction, financée sur le principe du crowfunding (lien ci-dessous).

Pour donner accès au sens à tous, les textes figureront sur le support avec leurs versions en français et en anglais, ce qui n’est pas une mince affaire en termes de traduction, lorsque l’on connaît le caractère imagé de la langue créole. On y retrouve les thèmes de prédilection de Saodaj : « l’amour, l’amitié, la liberté, la force de l’enfance et celle de croire que tout est possible ».

Porter au monde le maloya et l’âme réunionnaise, c’est justement se faire l’echo de l’esprit de métissage et d’ouverture qui en est l’essence. Saodaj s’inscrit dans une belle continuité de cette culture pays. Une culture sans cesse enrichie et renouvelée, intégrant le fruit des rencontres, en constante évolution, sans pour autant étrangler ses racines.


1ère partie du concert du 24 mars : Les Bringelles

Le projet vient d’une envie de création entre copines, pour le plaisir : « on voulait chanter entre nanas ». Ainsi en 2016, naissent Les Bringelles, quatuor féminin de caractère, formé en 2016 par Mélanie Bourire, Marie Lanfroy, Magali Ines et Maya Pounia. Leur désir : s’approprier les musiques traditionnelles du monde, issues de la tradition orale (maloya - créole, chant bulgare, chanson française, arabes…) parfois tombés dans l’oubli. Issues de différents horizons musicaux, les jeunes femmes se retrouvent donc en dehors de leurs projets respectifs (Saodaj, Maya Kamaty…), sortant aussi de ce fait de leur zone de confort.

La voix est l’élément central de leur répertoire, travaillé notamment auprès de Bastien Picot lors de rencontres au Mozambique. C’est autour des voix, qu’elles maîtrisent parfaitement chacune dans son style, que se créé la synergie.

Leur répertoire se construit également autour de la langue créole et de ses particularités rythmiques et mélodiques, qu’elles s’appliquent à moderniser. Elles y mêlent des reprises triturées de morceaux traditionnels réunionnais et de l’Océan Indien et des compositions. Très intuitives dans leur approche, les Bringelles colorent leur projet d’humour et de profondeur, d’authenticité et d’autodérision.

Elles assureront la première partie de Ziskakan ce vendredi soir (23 mars) au Téat Champs Fleuri et celle de Saodaj’ ce samedi 24 mars à Stella Matutina.

Lalou


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