Interview

Trois questions

Vincent Fontano, auteur de Galé

Chacune de vos pièces a une sorte de sous-titre, une information qui nous donne une piste de réflexion. Pour Syin zonn c’était la fuite et la rébellion, pour Tanbour, la soumission. Pour Galé, ce sera quoi ?
VF : La philosophie. Lorsque j’ai démarré ce triptyque, la question c’était de savoir comment on résiste à la peur. Première réponse : la fuite, puis la soumission. La philosophie est la réponse la plus dure, et la plus intéressante. Et je dois même dire que ça fait un moment qu’elle trotte dans ma tête. Je suis encore et encore en train de retravailler le texte.

Le théâtre des Bambous a présenté une pièce sur Furcy l’année dernière. Ils semblent s’axer sur les thèmes assez spécifiques que sont la privation des libertés, l’amitié dans l’adversité, les violences. Pensez-vous que c’est propre au théâtre, ou que ce sont des thèmes actuels forts ?
VF : Je pense qu’un critique théâtral verrait ça. J’ai vu la synergie qu’il y a autour de ces thèmes. C’est beaucoup moins édulcoré et folklorique que ça a pu l’être. Les questionnements sont plus frontaux. En tant que créateur, c’est intéressant de voir l’émergence d’une nouvelle esthétique.

Le travail réunionnais change, il s’aventure sur des terrains nouveaux et prend des risques. Chaque génération arrive avec ses propres thématiques, ses enjeux. En 2016-2017, ce ne sont pas les mêmes enjeux que dans les années 60, pas la même façon d’aborder les choses. Forcément on le ressent. Chaque génération ajoute une pierre à l’édifice. On a une histoire jeune par rapport au pays. On a une façon d’aborder le théâtre qui n’est pas forcément différente d’ailleurs, mais qui reflète l’état d’esprit de notre génération.

Vous avez réagi dans une chronique pour le JIR sur l’importance d’être né à la Réunion pour en comprendre son histoire. C’est important pour vous ? Pouvez-vous préciser votre pensée ?
VF : Je ne sais pas si c’est important. Moi je suis Réunionnais, je ne parle pas pour les autres. Je contribue à l’histoire de mon pays. J’essaie de dire que, bien que Réunionnais, je ne suis pas naïf. Il y a des questions sensibles où connaître l’intimité d’un pays est essentiel. À un moment, on va remuer des choses qui sont intimes aux gens, propres à ce qu’ils sont. Ça ne se manie pas n’importe comment. Notre territoire a une histoire assez brève, et elle doit être principalement écrite, dans un premier temps, par des gens qui portent cette histoire.

Je nais avec un héritage, l’histoire de ma grand-mère, de mon grand-père. Personne ne naît neuf au monde. Je ne suis pas né comme ça : je suis né en écoutant les histoires de ma grand-mère ; comment elle coupait des cannes, comment elle a affronté le cyclone, comment elle a survécu alors même qu’on a failli lui prendre ses enfants. Son père, qui faisait six ou sept métiers en même temps... Ma propre mythologie, c’est à moi de l’écrire. Sur certaines thématiques, il est intéressant de s’interroger sur qui écrit l’histoire.

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