Interview
Les rois du riddim à la française reviennent à La Réunion avec un bel album dans les cartons, que vous pourrez découvrir en avant-première lors de deux soirées imaginées par ce diable de Yann Costa.
Le Réformateur
C’est en bousculant les frontières du jazz instrumental qu’il a triomphé en 2011 avec The Vox, album funk et soul très appuyé (...) +++
Après le virage post-rock des années 2000 et les débordements punks, Electric Soul signe le retour de Zenzile aux influences reggae des débuts. Entre rêveries psyché downtempo, chansons inspirées par les grandes voix soul du roots d’antan et dub jazzy contemplatif, le septet remonte en douceur le fil de son histoire dans ce que le bassiste du groupe, Matthieu, décrit comme « un album de quadras ». Avant d’ajouter, aussitôt après : « Ca ne veut pas dire qu’on s’est assagis, hein. »
Voici la suite de cet entretien.
Vous avez enregistré cet album après une longue pause. Dans quel état d’esprit êtes-vous entrés en studio ?
On revient après deux ans de break, oui. Ça faisait 16 ou 17 ans qu’on enchaînait les concerts, les projets, et à un moment, on a vraiment eu besoin de prendre un peu de recul, de prendre l’air. Donc quand on est rentrés en studios pour le nouvel album, ça faisait un petit moment qu’on n’avait pas travaillé avec Zenzile. et puis on a accuelli Jerry, qui est notre nouveau chanteur. il fallait qu’on reprenne nos marques. On a pris les choses sans faire de plan, sans brainstorming. On a tous eu plaisir à constater que très vite, les choses allaient naturellement vers un son beaucoup plus reggae que ce qu’on avait pu faire à la fin : vers nos racines, comme un retour aux sources de Zenzile.
Certains morceaux sonnent très roots grande époque, on sent l’influence d’Horace Andy, de Ken Boothe...
Le roots, c’est une référence sur laquelle on est tous d’accord dans le groupe. Je crois que l’arrivée de Jerry, le fait d’avoir un chanteur avec nous, nous a emmenés vers quelque chose de très cool, de plus naturel, sans avoir besoin d’aller chercher à tout prix l’originalité technique du dub. Avant, on enregistrait nos morceaux, et on les défonçait au mixage, on cassait les pistes, on bidouillait tout. Là, on est plus allés chercher dans des prises directes, dans la soul, au sens où c’est quelque chose qui vient de l’âme. On s’est mis au service de la voix, ce qui est nouveau pour nous. en fait on s’est rendus compte que ce rapport à la voix, à la chanson, on tournait autour depuis longtemps sans jamais vraiment avoir osé le faire.
Pourquoi ?
Je sais pas... On a toujours trouvé ça débile de singer le reggae jamaïcain. Déjà, il faut savoir le faire, ce qui est loin d’être évident. et puis c’est surtout un folklore jamaïcain, c’est le blues du tiers-monde, comme disait Marley... ça n’a pas trop de sens pour nous de le jouer tel quel. Pour beaucoup, nous, on est vraiment venus au reggae par le punk, par les Clash et tous ces groupes-là. Le reggae des petits Blancs, si tu veux... C’était pas le mieux joué, c’est sûr, mais ces gamins, ils jouaient ce qu’ils voulaient, ils prenaient toutes les libertés qu’ils voulaient. et au départ, la volonté de faire du dub, elle vient de là : une musique instrumentale, de studio, qui n’est pas faite pour la scène, et qui nous permet de faire subir ce qu’on veut aux enregistrements. D’ailleurs même maintenant, même si on a un chanteur, on ne fait pas du reggae roots, on n’a pas du tout ce son-là, mais on s’en inspire.
Vos concerts à La Réunion seront les premiers de la tournée, avant même la sortie de l’album. Vous êtes impatients de retrouver le public ?
Clairement ! Les concerts de La Réunion vont vraiment être les tout premiers. On sortira juste de résidence, on est super impatients de faire entendre l’album. et puis, ça fait deux ans qu’on n’a pas fait de concert en France. On a juste fait une date, en sortie de studio, au Printemps de Bourges, et c’était super fort. On a retrouvé le public, comme aux débuts de Zenzile. On a eu un contact très spécial, les gens qui dansent, qui ont vraiment envie de s’amuser... en plus, à La Réunion, on a vécu des moments formidables. On est hyper impatients.
Propos recueillis par François Gaertner


