Musique

Le rock franglo-saxon

Archimède

Archimède file à l’anglaise le beau textile d’un rock français bien frais, et pique en deux bons albums la vedette à la concurrence. Bien fait !

Maigrichons dandys cintrés en blazer british du sommet desquels pleut la frange négligée de la beatlemania : ces néo minets rétro d’Archimède pourraient aussi bien nous agacer que nous attendrir. Sauf qu’il y a la musique, et les mots. Pop espiègle pleine de brouillard anglais et d’optimisme sixties, ritournelles finaudes bien tournées en français vieille école : en deux albums, le duo formé par les frangins Boisnard a su toucher le grand public sans vulgarité et sans bêtise.

Mi Dutronc anglois, mi ducon la joie, ils cultivent une image de losers désinvoltes tout en dérision, comme sur Je prends, où ils chantent guillerets l’art délicat de prendre une veste (là où l’ancien chantait celui de son retournement).

De goualantes impudentes en vers bien vus, leur second album, Trafalgar (nommé aux prochaines Victoires dans la catégorie meilleur album rock), est peut-être ce qui est arrivé de mieux à la scène française ces dernières années.

Un brin titi dans le débit, ils ont l’art de la formule sentie qui s’accroche au cerveau (Qu’importe que tu ne sois qu’un loser / Sans Rolex à ton bras / L’important, c’est ton bras ! – Le Bonheur). L’air de rien, sans trop se prendre au sérieux, ils cachent dans leurs refrains contents ce qu’il faut d’impertinence pour donner un peu de substance à leur dandysme. De la crise du logement (Bye bye bailleur) à l’exaspération des classes populaires (Les petites mains), ils adressent en riant de joyeux doigts d’honneur à tous ceux dont la vie fleure bon la croisière.