Musique

Messa di Gloria de Puccini

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"Puccini ?... Tosca, Butterfly, La Bohème, Turandot… Comme un réflexe conditionné, l’évocation du nom de Giacomo Puccini renvoie directement à ses grands opéras dont presque tous les airs sont devenus des « tubes »… Que des histoires de morts tragiques…

Mais l’entrée dans le répertoire de ce monstre sacré de l’opéra peut se faire de façon tout aussi émouvante par des biais moins « attendus », voire « entendus »… Observer ce que Puccini a composé en dehors du théâtre, c’est regarder différemment la richesse de ses expériences… C’est regarder sous des angles différents, en dehors de tout contexte théâtral, son étude des destins tragiques…

C’est le cas pour son quatuor à cordes Crisantemi (présenté ce soir dans sa version pour orchestre à cordes), créé en 1890 au Conservatoire de Milan - composé en une nuit, dit la légende - et inspiré par la mort du duc de Savoie. Cette Élégie au nom des fleurs du deuil, en un seul mouvement, déroule deux thèmes auxquels Puccini conserva un profond attachement, jusqu’à les reprendre dans son opéra Manon Lescaut en 1893, l’un en accompagnement de la mort de Manon au quatrième acte, l’autre lors du duo des amants à la prison de l’acte III.

C’est encore le cas pour son très particulier Requiem, tout petit objet composé en 1905 pour chœur, harmonium et alto solo à l’occasion du quatrième anniversaire de la mort de Giuseppe Verdi, et qui ne traite, en quelques minutes seulement, que les premiers mots du texte liturgique…

Mais la découverte de la Messa a 4 voci, appelée à tort « Missa di Gloria », est un choc pour qui ne connaitrait Puccini que par ses opéras… Œuvre de jeunesse composée en 1880 durant ses études au conservatoire de sa ville natale de Lucca, elle est sa première grande œuvre, mais aussi la plus importante de tout son catalogue en dehors de ses opéras. Destiné à une carrière de musicien d’église local, comme son père et son grand-père, Puccini y montre toute la maîtrise d’un savoir-faire traditionnel enveloppé d’une insouciante juvénilité qui regarde déjà avec gourmandise vers le monde de l’opéra ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si deux extraits de la messe seront repris note pour note dans ses opéras à venir…

En regardant ainsi Puccini avec naïveté, vierge de toute idée préconçue, on découvre alors qu’il n’est pas qu’un simple compositeur de théâtre… C’est un homme de théâtre… Il pense les relations entre les hommes comme un livret, il dramatise les croyances, il voit le monde comme une grande scène de théâtre, donné à être raconté pour être vu et entendu par le plus grand nombre…"

Laurent Goossaert, Chef de la série Puccini et chef associé de l’Orchestre de la Région Réunion.

Texte de présentation | Production : Conservatoire à Rayonnement Régional