Théâtre

Monsieur Fraize

Pour rendre hommage au personnage de Monsieur Fraize, il aurait sans doute convenu de s’arrêter là dans la présentation…

Seulement voilà, nous ne sommes pas M. Fraize. Et d’ailleurs, qui est-il ? Procédons par défaut et voyons ce qu’il n’est pas. Un énième avatar du stand-up qui enchaîne les punchlines et les sourires complices. Non, son truc à Monsieur Fraize, ce serait plutôt les silences. Longs et gênants si possible. Une façon d’être absent qui dévore l’espace et joue avec vos nerfs. Si bien que souvent le premier rire qui fuse transpire l’exaspération, l’incrédulité et le soulagement qui leur succède aussitôt. Alors bien sûr, les amateurs de bons mots repasseront, ceux sensibles à l’absurde exulteront. Et il en faut, du talent, pour faire exister ce personnage déroutant, obsessionnel, éternellement décalé, mais qui parvient irrésistiblement, voire même insidieusement, à nous attacher à lui.



Il en faut du talent, et du travail, pour parvenir à cette maîtrise. Marc Fraize (c’est son vrai nom), qui n’est pas à un paradoxe près, se décrit pourtant volontiers comme un fainéant. On aimerait bien le croire, mais cette fois, ça ne marche pas : révélé et mis en scène par Papy (qui en fit de même avec Jamel Debbouze ou Blanche Gardin), à l’affiche des derniers films d’Eric Judor, de Michel Hazanavicius, et tout récemment de Quentin Dupieux (“Au poste”, avec entre autres Benoît Poelvoorde), Monsieur Fraize a l’air mal parti pour chômer. Et vu ce qu’il nous fait subir, bien fait pour lui.

« La force de Monsieur Fraize, c’est son incroyable capacité à faire rire avec le vide. Il jongle avec les silences, ralentit le temps jusqu’aux limites de l’indécence, bégaie, radote, mimique et surfe allègrement sur la circonspection des spectateurs, tordus en deux de rire.

 » Causette