Musique

W.A MOZART, GRANDE MESSE EN UT MINEUR KV427

Par le Chœur Régional de la Réunion et l’Orchestre de la Région Réunion Solistes : Olivera Topalovic, Ghylaine Raphanel, sopranos / Patrick Garayt, ténor / Barry Martin, Basse Direction : Daniel Bargier

La Grande Messe en ut mineur KV427 « inachevée » (1783)

Si le Requiem composé sur son lit de mort en 1791 était pour lui comme une dernière offrande à Dieu, Mozart considérait sa Grande Messe en ut mineur , écrite huit ans plus tôt, comme la réalisation d’une promesse, celle d’écrire une grande œuvre sacrée pour remercier Dieu de lui avoir permis d’épouser Constance Weber après sa maladie (lettre à son père, Léopold du 4 janvier 1783).

Et si la terrible légende, ô combien fascinante pour les romantiques, qui entoure la genèse du Requiem a largement contribué à le mettre en valeur, la Messe en ut ne mérite pas d’être reléguée parmi les œuvres de second plan.

Il ne s’agit pas d’une œuvre de commande, mais plutôt d’une action de grâce : issu d’une famille très pieuse Mozart, était profondément religieux, même si son indépendance d’esprit l’avait souvent mis en porte-à-faux avec la hiérarchie catholique, en particulier après les réformes de la musique d’église imposées par Joseph II.

Cette messe en ut, se place au sommet de l’œuvre de musique sacrée de Mozart : il vient de découvrir et de s’enthousiasmer pour le style contrapuntique des deux grands maîtres de la fin de la période baroque que sont Bach et Händel, parachevant ainsi sa formation entamée à Bologne avec le père Martini, grand spécialiste du contrepoint antique.

Son recours fréquent à l’imitation (canons, fugues), s’il donne un caractère un peu archaïsant à cette œuvre, lui permet, grâce à sa couleur harmonique, de développer une grande densité et une continuité dans la splendeur et la puissance.

Elle concilie à merveille les styles baroque et classique.

La messe en ut mineur, bien qu’inachevée, est intégralement de la plume du génie autrichien, contrairement à son ultime partition, le Requiem, dont seulement la moitié des mouvements lui sont attribués.

Elle s’inscrit dans la tradition baroque des messes-cantates dites aussi messes napolitaines ou messes à numéro.

Le Gloria est divisé en pas moins de 7 sections différentes, et si l’Agnus Dei n’est jamais donné, puisqu’il manque entièrement, le travail des musicologues qui ont pu compléter le Sanctus et le Credo, nous offre le plaisir d’entendre cette admirable partition, jouée une seule fois du vivant de Mozart.

Les airs de soprano ont été composés à l’ intention de Constance, qui les a interprétés lors de la première exécution de cette œuvre à Salzbourg.

On distinguera l’instrumentation (hautbois et flûte solos…) du merveilleux « et incarnatus est » du Credo, avec son le rythme ternaire habituel de la pastorale, ainsi que ses incroyables vocalises sur « et homo factus est ».

Et comment ne pas être envouté par le fabuleux double chœur du « qui tollis pecta mundi » ?

Plus tard, Mozart réutilisera la musique du Kyrie et du Gloria, presque sans changements à l’exception du texte, dans la cantate Davidde penitente, KV 469.