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Dédé Maurice

Animateur de radio et de télévision, André-Maurice Meunier est le plus grand défricheur et l’archiviste le plus méticuleux de la musique réunionnaise. Depuis les années 80, il a accompagné et encouragé l’émergence de toutes les nouvelles vagues de la musique créole, sans défendre de chapelle. Il conserve dans ses coupures de journaux des articles sur tout ce que La Réunion a compté de musiciens, grands ou petits, qu’il invite et encourage depuis plus de 30 ans avec la même fraîcheur. Maloya électrique, seggae, maloggae, nouvelle chanson créole, rap, dancehall : sur tous les genres qui ont émergé depuis les années 80, il a été le premier à brancher de nouveaux musiciens sur les ondes grand public, à essayer de comprendre à travers eux l’évolution de la société réunionnaise.

Davy Sicard
Maloya kabosé

Je n’ai pas de nostalgie en musique. Je sais les repères et les valeurs de la chanson patrimoniale réunionnaise, mais ce qui m’intéresse, ce sont les créateurs. Les artistes qui inventent la musique d’aujourd’hui. Et il me semble que s’il fallait en citer un, ce serait Davy. Je ne peux pas ne pas citer Maya Kamaty, Saodaj’ ou Tricodpo, mais pour moi, Davy est l’artiste majeur de sa génération. J’aime Maloya Kabosé parce que c’est une chanson qui est dans ma tête. Elle représente la croisée des chemins, entre la tradition et la modernité, c’est une chanson métissée, et il y a dans les textes de Davy une intelligence à laquelle je suis sensible.

Alain Peters
Panier Su La Tête, Mi Chanté

J’ai connu Alain Peters, il a fait partie de mon univers de bal et de fête dans ma jeunesse. C’est d’abord pour ça que je suis attaché à ce musicien, qui a par ailleurs été déterminant. Avec des gens comme Loy Ehrlich, Bernard Brancard, Kiki Mariapin, au sein de Carrousel ou ensuite, il a représenté un tournant dans la musique réunionnaise. À la fin des années 70, ce sont des gens qui avaient compris que les ségas folkloriques naïfs qu’on chantait alors, c’était du doudouisme. Ce sont eux qui ont inventé ce qu’on peut appeler le séga social, qui ont intégré dans leurs textes des références populaires, qui parlaient de la réalité de ce que les gens vivaient. Ce sont eux aussi qui ont inventé le maloya électrique, et qui ont permis ensuite à des groupes comme Ziskakan d’émerger, puis ensuite à Baster ou Ousanousava. Alain Peters, c’est aussi un poète créole, celui qui a magnifié ma langue maternelle. Je me souviens, quand il a mis les textes de Jean Albany en musique, ça a été pour moi un ravissement, un régal.

Danyèl Waro
Batarsité

Danyèl est important parce que c’est un homme qui m’a bousculé dans mes idées. J’ai été élevé dans un milieu modeste, mon père était planteur de cannes, mais avant Danyèl, je ne prêtais pas tellement attention à la souffrance de ceux qui avaient moins que moi. C’est lui qui m’a fait prendre conscience de ça. Avec Les Flamboyants, dans les combats qu’il a portés pour l’indépendance, il m’a ouvert les yeux sur la réalité sociale de mon île. Et surtout, c’est avec lui que j’ai compris que nous étions capables de nous démerder par nous-mêmes. Avec Danyèl, j’ai compris que je pouvais être un Créole d’abord, avant toute autre chose. J’aime beaucoup de ses chansons, mais je choisis Batarsité parce que c’est qui je suis. Comme lui, comme tous les Réunionnais, il y a dans mon arbre généalogique des métissages, il y a toujours un Africain, un Indien, un Chinois, un Français – peu importe.

Ziskakan
Ral si ton koukoune

Ce groupe est pour moi emblématique du virage électrique de la musique créole, un pas en avant sur le plan musical. C’était quelque chose d’important, ce son mélangé, moderne, les textes de Carpanin Marimoutou. Au début des années 80, quand j’ai entendu leurs premières chansons, j’ai été complètement bouleversé. Je voulais citer Bato fou, parce que c’est la plus essentielle. Mais celle que je préfère-moi, c’est Ral si ton koukoune. Ce langage terre-à-terre, collé au trottoir, et en même temps cette noblesse, cette hauteur presque : j’aime ça.

Baster
Marmay lontan

Je dois citer cette chanson pour des raisons sentimentales. J’ai démarré ma première émission de V dans les années 80. C’était la mode des clips à l’époque, et on m’a demandé d’en créer une, qui s’est appelée Carambole. Et le premier groupe qu’on a clippé, c’était Baster, avec Marmay lontan – chanson qui d’ailleurs n’est pas chantée par Thierry Gauliris dans sa version originale, mais par son cousin, même si aujourd’hui c’est Thierry qui la chante en concerts. Ce que j’aime dans l’univers de Baster, c’est ce regard qu’ils portent sur les choses simples de la vie. Marmay lontan, ça m’avait frappé, parce que j’y avais vraiment retrouvé mon enfance. J’étais pensionnaire et je ne retournais chez mes parents que pour les vacances, à Bois de Nèfles Saint-Paul. Mon père était planteur de cannes, mais il menait une existence typiquement rurale : il avait un jardin potager, quelques bêtes d’élevage. Et le samedi, comme le dit la chanson, nou té sa va rode tamarin pou fé in lo sikré. Ça m’a touché parce que ce sont les souvenirs d’une enfance heureuse.

Ousanousava
Grand-mère

Je n’ai pas connu mes grands-mères, elles sont mortes avant ma naissance. Mais quand j’ai écouté la K-7 d’Ousanousava, j’ai fait comme tout le monde en découvrant cette chanson : j’ai pleuré.

Granmoun Lélé
Namouniman

J’ai un souvenir qui m’est très cher de Granmoun Lélé. Un jour, je suis allé chez lui pour une émission, avec toute l’équipe. II était déjà très populaire, il était parti en métropole, il avait fait Bourges. C’était quelqu’un ! Et quand l’enregistrement a été terminé, il a refusé de nous laisser repartir, et il a insisté pour qu’on mange avec lui, à sa table. Toute l’équipe. Il m’a reçu comme si j’étais son fils. Il m’a assis à côté de lui. Et tu sais, Granmoun Lélé, il était maître chez lui, c’était un chef. Pourtant, c’est lui qui m’a servi, lui-même. Ce sont des gestes d’affection qui me touchent encore aujourd’hui.

Sabouk
Rassin'
Ti Sours
Kafrine
Pat' Jaune
Polka Angelo

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