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Erick Lebeau

Ambassadeur de la musique réunionnaise lors du dernier Printemps de Bourges, Érick Lebeau est l’auteur et la voix perchée de Tricodpo. Textes malicieux et savamment écrits, inspirations piochées aussi bien dans le séga, le maloya, le rock ou les variétés tropicales, Lebeau et sa bande créent sur scène un univers théâtral piquant et goguenard, et modernisent joliment l’art perdu de la chanson créole et du petit cabaret. Ce garnement barbu était donc tout indiqué pour entamer notre voyage dans la mémoire et dans l’actualité de la musique réunionnaise.

Photo : © Laurent Gebhardt
Danyèl Waro
Madlinn

C’est la première chanson de Waro que j’ai du chanter, je crois. J’étais en France, je faisais mes études à Lyon, et la frais se coquant et la nostalgie se venant, j’ai commencé à comprendre que ma culture n’était pas la même que celle des gens qui m’entouraient. Alors j’ai commencé à réécouter un peu Waro avec une oreille différente. Pour moi jusque-là, Danyèl c’était le gars énervé avec une voix nasillarde qui gueulait Tire malol dann zié quand j’étais petit. Mais Madlinn, qui est très douce et très triste, parle du moment où Danyèl était en prison, et de la correspondance qu’il avait avec une dame qui était à l’extérieur. Et moi je n’étais pas comme lui enfermé, j’étais pas en prison, mais je me sentais un peu en exil, isolé. Et du coup cette chanson me parlait, elle collait à ma tristesse.

Daniel Sandié
Z'enfan jété

J’ai découvert cette chanson par hasard, en suivant sur Facebook un type qui poste régulièrement des vieilles pochettes de disques réunionnais. D’habitude je regarde mais je passe vite fait dessus et là je sais pas pourquoi j’ai cliqué et j’ai écouté le son sur Youtube. Et elle m’a vachement plu. Le soir même je l’ai reprise, et puis au fil du temps c’est devenu la chanson qu’on joue en entrée dans nos concerts. Mais on avait zéro info sur le gars. Pendant des années à chaque fois qu’on la jouait je demandais au public si par hasard quelqu’un connaissait ou avait des infos sur son parcours. Jusqu’au jour où je l’ai jouée à la radio, dans l’émission de Dédé Maurice, et j’ai lancé un appel aux auditeurs. Et quelques jours plus tard Dédé, qui a des archives monumentales, m’a envoyé toutes les coupures de journaux qu’il avait gardées sur ce type. Et là j’ai découvert que Daniel Sandié avait été un boxeur doué, un champion, mais qu’il avait le verbe facile et qu’il écrivait des chansons qu’il jouait sous un pied de longanis aux Camélias. On ne sait pas trop comment ni pourquoi, mais sur la fin de sa vie, il a commencé à accueillir chez lui des SDF et à tomber petit à petit dans l’alcool. Il est tombé malade et c’est comme ça qu’il a fini. Pour moi, c’est un destin qui ressemble à beaucoup d’autres à La Réunion, où des artistes un peu maudits ont été oubliés parce qu’ils n’ont jamais vraiment pu enregistrer. Sandié n’a pu enregistrer que deux chansons, mais je rêve souvent qu’un jour, quelqu’un retrouve un vieux carnet où il écrivait ses textes et ses mélodies, et que ça soit rendu public.

Henri Madoré
Le tango d'inflammation

Pourquoi cette chanson ? Parce que déjà, j’ai une sympathie gigantesque pour le bonhomme, que je n’ai pas connu bien sûr mais qui avait l’air bien marrant. Et puis cette chanson-là, je la trouve complètement déjantée. C’est une chanson qui parle de trou de balle, de fondement, de pet, mais qui le fait de manière tellement charmante. Avec une grivoiserie qui existe dans la chanson réunionnaise, même si la qualité d’écriture d’un François Dals par exemple n’a rien à voir avec celle de Madoré. Mais je crois qu’on se doit de garder cette grivoiserie, que que cette chanson devrait être une référence pour tout le monde aujourd’hui.

Alain Peters
Panier Su La Tête, Mi Chanté
Zanmari Baré
Bèlbèl an lér
Perséepoliss
La brise l'enfer
Sabouk
Rassin'
Ousanousava
Lodèr mon pei
Baster
Domin
Jules Arlanda
La coupe canne

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