Dom : Aire glaciaire

Coincé entre un marchand de primeurs et une vendeuse de fripes, Dom trône humblement derrière son stand minuscule envahi de sorbetières antillaises aux allures d’antiquités.

Affable, il attire le chaland d’une voix douce, explique patiemment que non, ce ne sont pas des glaces mais des sorbets. C’est plus sain, sans gélatine, et la fabrication n’est pas la même. Après quelques coups de manivelle, il en ressort une substance glacée onctueuse aux fruits de saison : passion, mangue, goyavier… On tique. Des goyaviers en mars ? « La saison redémarre, sourit Dom, on en trouve beaucoup dans le sud, tu peux me commander un seau si tu veux. »

Comme tout bon débrouillard, le Guadeloupéen a plus d’un tour dans sa besace. Vendeur de churros, sculpteur sur bambou, fabricant de percussions, il a fait bien des métiers et continue de porter plusieurs casquettes, proposant toujours de confectionner des instruments à la demande. Il n’a jamais peiné à s’occuper et n’avait acheté ces machines de bois et de ferraille que pour mettre d’autres personnes sur la voie du sorbet : « J’ai proposé le travail à des gars mais personne ne voulait. Je me suis lancé et voilà. » explique-t-il avec une simplicité qui traduit difficilement la difficulté de la profession. 

Parce que les tours de manivelles ne sont qu’une broutille. La préparation des fruits a découragé les poulains du sorbetier. Epluchage, mixage, extraction des grains, une nuit au frigo puis retour au boulot. « Le lendemain, je mets les fruits dans la machine et je tourne. C’est de l’huile de coude pour que ça devienne compact. » Parfois, il caresse l’idée de montrer l’étendue du processus au tout venant mais le marché n’est pas adapté à une telle pratique : «  Je voudrais bien tout faire ici de A à Z mais il faut que j’aie l’électricité. Ce n’est pas possible d’avoir le jus tout le temps, des fois c’est saturé et ça disjoncte.  »

Pas spécialement attaché à la vocation sorbetière, Dom parle de passer la main. Il évoque une reconversion vers les fruits séchés qu’il compte mettre en vente sur son stand actuel. Mais rien de presse, Dom est prudent. Dans la jungle précaire des étals où le succès n’est jamais acquis, il a tiré leçon de l’expérience d’un autre exposant : « J’ai un pote qui faisait ça avant. Il avait une machine à sorbet et l’a revendue pour vendre des vêtements. Mais ça n’a pas marché. Maintenant, il cherche une nouvelle machine pour revenir aux sorbets. »

De quoi rassurer sa clientèle qui peut retrouver encore quelque temps ses parfums préférés dans les allées marchandes. Les plus mordus peuvent commander ses prestations pour leurs fêtes et mariages mais, pour que ce soit rentable, Dom ne se déplace pas à moins de 300 personnes. Ne dit-on pas d’un plaisir qu’il se savoure mieux quand il est partagé ?