Reportage

Dann zion

J’étais sur la route

À quoi ressemblerait une vie de bohème à la Réunion à bord d’une maison sur roues ?

Quoi de plus idéal qu’un road trip en van sur les routes de l’île pour s’évader avec sa copine ? Ce vaisseau cosmique paré à toute épreuve offre le confort et la liberté que j’associe à la joie de vivre du hippie. Et pour cause, le modèle Combi T2 de Volkswagen a été tellement répandu et utilisé à ces fins qu’il a pénétré l’imaginaire collectif comme le symbole même de la quête d’un eldorado intérieur, summum d’une recherche spirituelle en mouvement. La tête pleine de ces images flower power - Woodstock - Route 66 et Jimmy Hendrix, je me lance donc sur les voies réunionnaises.

Le volume du véhicule n’est pas exagéré et la conduite se fait sans embûche. Bonne tenue de route, sans foncer dans les virages et sans forcer les rapports malgré le poids du véhicule alourdi par les aménagements intérieurs, on arrive assez facilement à s’insérer dans la circulation sans trop se faire remarquer. À vrai dire, on est même fondu dans la masse : rien, dans l’apparence du van, ne trahit sa vocation de mobile home, ce qui a le mérite de nous épargner les regards en coin et garantit la discrétion.

Le plus agréable dans l’expérience est la liberté totale de se déplacer et de faire halte où on le souhaite sans attirer l’attention, en toute autonomie. Tous les spots accessibles en voiture peuvent devenir des étapes et il ne faut que quelques minutes pour déployer les installations et se poser en mode tout confort : après avoir ouvert le « toit accordéon », on tient débout à l’intérieur de l’habitacle, pratique pour cuisiner au gaz et faire sa vaisselle. Le vaisseau est équipé d’une bonbonne d’une autonomie de trois semaines, d’une réserve de cinquante litres d’eau, d’un évier pourvu d’un petit robinet, et d’un frigo pour garder les bières fraiches. Des toilettes sèches sont proposées en option et il y a même une « douche solaire » pour rester pimpant – en fait, une simple poche d’eau que l’on met à réchauffer sur le tableau de bord pendant deux heures. Pas de tente à monter puis démonter, pas de sacs à porter : tous les avantages du vagabondage sans les inconvénients.

Après un apéro au coucher de soleil en surplomb du Cap Lahoussaye, on rembarque en quelques minutes pour se poser peinards en bord de plage à L’Ermitage, où ça ne choque personne de voir un tel engin garé à cet endroit. Après une nuit tranquille passée sur un vrai matelas et protégé par des rideaux occultants, on est réveillés par les longues foulées des joggeurs et la voix d’un marin criant « Attention à la passe vindiou ! » à l’attention probable d’un camarade en difficulté en mer. Bonne occasion d’aller se rafraîchir dans le lagon, avant une douche au poste MNS, pour commencer la journée avec les idées claires.

Sous les étoiles exactement

Un peu plus tard, direction les hauts. On m’a parlé d’un spot sympa où passer la seconde nuit, à Dos d’Âne. J’arrive sans peine à convaincre ma copilote d’aller prendre la fraîcheur. La conduite est plus sportive, lacets obligent. En se rangeant sur le côté de temps à autre pour laisser passer les habitués, on parvient tout de même à se hisser au sommet sans trop encombrer les routes étroites. C’est sur le parking du sentier Roche Vert Bouteille que l’on décide d’élire domicile pour la nuit. Dans la vallée résonne un bon gros séga qui rythme parfaitement le temps de l’apéro. Puis c’est le ballet des autos qui viennent passer leur petit quart d’heure sur le parking, boire un coup et repartir de la même façon, sans nuisance outre-mesure. On se sent même en sécurité. La voie lactée nous éclaire de ses mille bougies et des bruissements dans les arbres nous rappellent que la nature est bienveillante.

C’est le moment d’ouvrir le gaz, sortir les casseroles et y lancer quelques légumes préalablement découpés en fins morceaux. Avec des épices et un peu de riz, le repas savouré sur la table démontable est complet et c’est repus que nous déployons la banquette pour... se détendre. Un peu d’encens, des poèmes et le son du tambour : nos sens sont en éveil, nous voilà reliés au Grand Tout dans une atmosphère sereine et féconde. Ça y est, je sens monter en moi l’esprit des sixties et Janis Joplin va bientôt se mettre à chanter Summertime. C’est sûrement ça, le bonheur.

RUN A VAN
06 92 94 21 21 - www.runavan.re
Location : VW California Coach 2 jours - 1 nuit : 200€.
Tarif dégressif : comptez 500-600€ pour une semaine.
Budget : environ 50€ essence et petites courses

Quel chemin pour en arriver là ?

Grands voyageurs devant l’éternel, Gauthier et Christophe sont venus s’installer à la Réunion il y a quelques années. Après diverses expériences professionnelles, plus ou moins fructueuses, ils se lancent dans la location de vans aménagés, une activité qui n’existait pas encore dans l’île. Un premier achat et quelques embuches administratives plus tard, ils créent Run A Van. Passionnés, ils bichonnent leurs véhicules, aussi rares que précieux, qu’ils aménagent et bricolent eux-mêmes lorsque cela s’avère nécessaire. La société compte à ce jour six vans et autant de voitures, de quoi répondre à tous les besoins des touristes de passage, mais aussi des Réunio

Vous avez beaucoup bourlingué avant de créer la boite ?
Gauthier : J’ai fait un tour d’Asie du sud-est, Pacifique, Polynésie, Nouvelle Calédonie, Malaisie et Nouvelle Zélande sur un peu moins d’un an. Plus jeune j’avais déjà eu des occasion de voyager avec mon camion aménagé. Mon père déjà, dans les années 80, bougeait en 2CV.
Christophe : Je suis de Saint-Malo, j’ai fait mes études à Rennes et à Brest. Le Breton est un peu baroudeur à la base. Étant jeune, beaucoup d’amis avaient un « cam’s ». On partait entre potes en Croatie, Corse, Espagne. Moi je les suivais en voiture.

Quelles ont été vos activités à votre arrivée à la Réunion ?
Christophe : J’ai cherché du travail dans mon secteur d’activité, l’urbanisme, environnement et développement durable. Mais les opportunités étaient peu nombreuses... J’ai quand même pu travailler dans quelques bureaux d’études dont celui de Gauthier. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés. Puis j’ai travaillé comme conducteur de travaux deux ans et demi. Et on s’est tous les deux retrouvés au chômage à trois mois d’écart.

Comment est venue l’idée de louer des vans aménagés ?
Gauthier : L’idée de se déplacer en camion aménagé sur l’île nous trottait dans la tête depuis un moment. On s’est aperçu que ça n’existait pas à La Réunion. Quand on l’a lancé, on a beaucoup entendu de "moi aussi je voulais faire ça". On a choisi de se lancer sans attendre. On a été en Europe trouver un véhicule d’occasion pour le ramener ici. Le marathon administratif a alors commencé : immatriculation, conformité... Le plus difficile a été de trouver une assurance, étant donné que c’était quelque chose de nouveau