L’Esprit de La Ruche : Fred Theys

Fred Theys, illustrateur et apiculteur, rassemble ses deux passions.

Zébulo, kézaco ?

Installée dans le village artisanal de l’Éperon, cette structure réservée aux enfants de 18 mois à 6 ans accueille les enfants pour des ateliers BD, d’éveil musical. Créé en 2009 par Nathalie Dromson, spécialiste de la petite enfance, et par Bruno Gaba, musicien et éditeur, Zébulo publie aussi des ouvrages pour la jeunesse. Ses très chouettes livres musicaux sur le séga et le maloya ont cartonné, et Zébulo se consacre aujourd’hui à de nouveaux projets, comme l’édition d’une première BD, Des Abeilles et des Hommes, de Fred Theys.

Zébulo
81 rue Fond Générèse – Village artisanal de l’Éperon
Tél : 0692 26 40 03
www.zebuloeditions.com

Activités pour les enfants
• L’Atelier des Tout-Petits
Activités créatives diverses
Lundi - Samedi, 8h30 - 12h
• Éveil musical, avec Marjorie Vagner
Dès 18 mois : le mercredi matin, avec les parents / 3-6 ans : mercredi après-midi
• Atelier BD, avec Moniri M’Baé
Samedi après-midi
• Accueil Parents-Enfants
Lundi et vendredi, 15h - 18h

Silhouettes minuscules de blanc vêtues, de fins traits sombres en guise de membres et la tête en bille noire : entre la mélancolie rêveuse de l’ami Pierrot et la simplicité élémentaire des peintures rupestres, les Zazous sont de drôles de lutins.

Ils sortent du creux des arbres, glissent sous les pierres, se promènent dans la nature, regardent flotter un nuage ou un oiseau lointain. Ils sont nés de l’imagination d’un homme, Fred Theys. Assis dans l’ombre de son atelier, dans le village de Bois Rouge, à la lisière de la savane, ce quadra patient mouille son pinceau à la salive et trace minutieusement ses tout petits bonshommes.

« La plupart des dessinateurs de BD font leurs planches sur grand format, que l’éditeur réduit de moitié. Je dois être un des seuls à dessiner en taille réelle. » Dehors, un grand jardin pagaille entoure un vieux boucan noirci et une soixantaine de ruches, l’autre passion de ce maigrichon dont la voix douce et l’air rêveur évoquent un peu le réalisateur français Michel Gondry.

« Je suis né en Bretagne et j’ai grandi à Paimpol, dans une famille populaire. Ma mère était cantinière, mon père travaillait dans le bâtiment. J’ai toujours été proche du milieu rural, et les abeilles sont un sujet pratique pour engager la conversation. À La Réunion, où que tu ailles – quand tu montes à Mafate par exemple – il y a souvent une ruche dans le jardin. C’est un peu pour ça que je m’y suis mis. Les abeilles créent du lien entre les hommes. » Devenu spécialiste, il partage aujourd’hui ses connaissances lors de conférences sur l’apiculture tropicale et tous les samedis matin, chez lui, lors d’ateliers avec des apprentis volontaires. « Quand j’ai commencé à proposer des cours, je me disais que le nombre de gens intéressés serait vite épuisé, et que ça ne durerait pas. » Mal vu. Par petits groupes, de nouveaux amateurs viennent chaque semaine s’initier à l’apiculture, dans une île où les conditions sont encore idéales. « C’est un peu triste à dire, mais La Réunion est l’un des derniers endroits au monde où les abeilles sont en bonne santé. »

BANDE DÉCIMÉE

Frappées depuis le milieu des années 90 par une vague de mortalité dramatique due à l’emploi massif de produits chimiques dans l’agriculture, les colonies d’abeilles sont régulièrement décimées partout sur la planète. Trois territoires sont encore épargnés par l’hécatombe : l’île d’Ouessant, en Bretagne, l’Australie et La Réunion. « Les bactéries qui font le plus de dégâts chez les abeilles [dont les défenses immunitaires sont affaiblies par les pesticides, NDLR] ne sont pas encore présentes chez nous », explique Fred Theys. Loin de n’inquiéter que la frange militante de l’écologie, l’effondrement des populations alarme jusqu’aux économistes, qui craignent ses conséquences sur la production agricole. Leur préservation est en effet un enjeu de taille : sur la totalité des végétaux cultivés en Europe, 8 espèces sur 10 dépendent principalement des abeilles pour la pollinisation.

Ce lien étroit qui existe entre les précieuses mouches à miel et la vie humaine, Fred Theys vient justement d’en faire une BD, Des Abeilles et des Hommes : « C’est avant tout une histoire d’amour. Un enfant essaye de convaincre son oncle d’apprendre avec lui à connaître les abeilles : l’homme est amoureux d’une femme qui aime les fleurs et cultive une orchidée rare.

L’école du jardin planétaire

Fred Theys est l’un des intervenants de l’Université Populaire de l’Île de La Réunion, baptisée École du Jardin Planétaire. Cette organisation a pour but de « partager le savoir et la connaissance et de cultiver la biodiversité » dans l’île. Projections, conférences, ateliers, initiations ou formations : chaque semaine, les membres de cette belle institution peuvent se retrouver atour d’une thématique différente liée à la culture, au patrimoine ou à la biodiversité réunionnaise. L’adhésion ne coûte que 20€ par an.

Cette association est inspirée par le concept de Jardin Planétaire développé par le paysagiste Gilles Clément, connu entre autre pour avoir réalisé les jardins du musée du Quai Branly. Son idée : la Terre est, comme un jardin, un espace clos aux possibilités et aux ressources épuisables qu’il nous revient d’entretenir avec soin. Un beau projet entre écologie, modification des liens entre l’homme et la nature et démocratisation des savoirs.

Site

L’enfant lui explique que les abeilles connaissent tous les secrets des fleurs, et qu’elles pourraient l’aider à rendre cette femme amoureuse. » Une pédagogie douce qui emprunte les chemins détournés de la poésie, des images et du conte philosophique pour toucher les consciences, plutôt que l’impact dramatique des discours et des chiffres.

DES NOMBRES À LA LUMIÈRE

Choix surprenant, quand on sait que Fred Theys a un passé avec les nombres. Étudiant brillant, il décroche après son Bac+5 une bourse de thèse et poursuit ses recherches en mathématiques dans un labo rennais qui planche sur les premières intelligences artificielles. « Mais je sentais depuis le début que ce n’était pas la vie que j’avais envie de construire. Depuis longtemps déjà, je fabriquais des instruments de musique, que je vendais pour payer mes études. Gamin, c’est en regardant un documentaire à la télé sur Rembrandt que j’ai eu envie de me mettre à dessiner. Bref, j’aspirais à d’autres recherches. Et puis je n’aimais pas trop les débouchés des travaux qu’on menait. Les applications pratiques pour les intelligences artificielles, c’était surtout la surveillance, la défense… » Tocade : le fils de prolétaire paimpolais lâche sa thèse et sa situation stable pour tailler d’autres pistes, s’envole pour La Réunion avec femme et nourrisson, apprend le dessin en autodidacte.

15 ans plus tard, il vit de son art, entre édition d’albums pour la jeunesse, BD muettes, interventions dans les écoles et performances improvisées où il peint en direct une histoire qui se construit en dialogue avec le public. De l’intelligence artificielle à l’intelligence collective : Fred Theys est de ceux qui préfèrent la société des hommes et la simplicité aux aliénations de la technologie. Fondateur avec Danyèl Waro de l’association Kaz Kabar, installée à quelques pas de sa maison, il se réjouit de voir que les habitants du quartier populaire de Bois Rouge, dans les hauts de Saint-Paul, se sont rassemblés autour d’un lieu d’échange, de réflexion et de création où la langue créole et la musique se fondent dans un programme de sensibilisation à l’environnement. Les maloyèrs et les fonnkézèrs y croisent les tisaneurs et les défenseurs de l’agriculture biologique dans un esprit de partage. Un programme bucolique en butée à l’ère de la consommation aveugle et de la surveillance numérique qui attire un nombre grandissant d’insatisfaits en quête de sens, de simplicité et de liberté. Une flibuste pacifique, si vous voulez. Il est amusant de noter, d’ailleurs, que les pirates et les abeilles ont un mot en commun : le butin, ou la richesse que l’on partage.


Cours d’apiculture

Fred Theys reçoit particuliers curieux et futurs professionnels, débutants ou confirmés, chez lui tous les samedi matins pour des formations à l’apiculture.

Les cours ont lieu de 9h à 12h. Renseignements : 02.62.22.73.39