Reportage

Les coulisses du Jardin Botanique de La Réunion

La constance du jardinier

Il était jusqu’ici connu sous le nom de Conservatoire Botanique de Mascarin. Le Jardin Botanique de La Réunion a changé de nom mais pas d’ambiance : paix royale, foison végétale, paysage harmonieux. Dans ce calme souverain, des dizaines de personnes s’activent pourtant chaque jour depuis le grand matin.

Matin calme, temps clair, il est 9h. Encas, sandwich, les jardiniers mâchent paisiblement la première pose de la journée, tandis que quelques visiteurs franchissent les portes tout juste ouvertes du Jardin Botanique de La Réunion. Il y a une dame qui déploie ses bras au ralenti au rythme d’une chorégraphie tai chi, et une autre assise en tailleur sur un banc qui médite à l’ombre des grands arbres.

« Les hommes cherchent la lumière dans les jardins où frissonnent les couleurs », écrivait Jean Tardieu. Ici on la trouve, la cultive et la conserve : la vingtaine de personnes en charge de l’entretien des quelque 160 espèces de plantes ici rassemblées a en moyenne 10 ans de maison. C’est-à-dire que quand on entre au jardin, on aime à y rester, tant l’endroit est agréable.

Gilbert Toussaint, lui, est là depuis 16 ans. Entré comme apprenti, puis jardinier, désormais chef d’équipe, il nous accompagne le long des allées et nous explique comment fonctionne le travail. Dès 7h, les jardiniers découvrent les plannings, et se dispersent outils en main pour accomplir les tâches du jour : désherbage manuel, abattage des branches mortes, taille régulière.

Le parc compte 12 hectares, dont 7 sont exploités. Chaque jour, il lui faut environ 3h pour faire le tour des allées et dresser la liste des tâches à accomplir, des plantes malades. Il nous raconte les cyclones, Bejisa qui a détruit une bonne cinquantaine d’arbres, les différents types d’arrosage nécessaires pour chaque type de plante – dispersion, brumisation, goutte à goutte, irrigation. Il n’y a pas que des plantes qui poussent ici, mais tout un vocabulaire technique où les sigles croisent les certifications et les termes scientifiques. Parfois, on dirait qu’il parle une langue étrangère. Chaque année, plusieurs milliers d’élèves participent ici à des ateliers pédagogiques, où certains de ces mots sont expliqués, en même temps que les enjeux de la conservation de la faune endémique à La Réunion. Le jardin accueille également un laboratoire scientifique permanent.

Plus qu’un simple espace vert, ce lieu réunit les deux besoins humains fondamentaux dont le vieux Cicéron dressait la courte liste : « Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut. » Le Jardin Botanique de La Réunion est à la fois une promenade agréable, un espace de détente où le temps s’allonge, et un centre de savoir populaire où l’on peut glaner des informations diverses et un peu de culture générale, dont voici quelques exemples.

C’est coton

Saviez-vous que l’ennemi naturel de l’élagueur est le fromager ? – nous parlons bien sûr ici de l’arbre, et pas du paysan anosmique (dépourvu d’odorat) et joufflu qui fabrique le camembert. Une équipe d’élagueurs entrainée traite en général trois arbres par jour, mais il en faut au moins deux pour venir à bout d’un seul fromager, tronc haut dont l’écorce est recouverte de grandes épines blessantes. Également connu sous le nom de kapokier, cet arbre donne un fruit, le kapok, dans lequel se trouve une fibre cotonneuse dont les Réunionnais remplissaient autrefois les oreillers.

6000 mètres cubes

d’eau sont retenus dans le bassin récemment rénové qui permet de capter les eaux de pluie pour alimenter l’arrosage des végétaux lors des périodes de sécheresse. Pour le remplir de champagne, boisson qui a souvent la faveur des belles plantes, il faudrait y verser 8 millions de bouteilles, ce qui coûterait environ 160 millions d’euros. Mais l’eau de pluie, c’est gratuit, et 100% écologique.

Mars-Avril

C’est la période où le jardin est le plus beau, selon l’avis de Gilbert, chef d’équipe responsable de l’entretien des collections. Explication : encore gorgée de l’eau d’été, les plantes conservent le vert éclat de la grande santé, mais la fin de la saison des pluies diminue la prolifération des mauvaises herbes. Les mois qui viennent sont donc tout indiqués pour découvrir le parc.

Le gros tas

Chaque mois, 100 m3 de branches mortes et autres déchets végétaux sont ramassés sur l’ensemble du jardin, et stockées sur les hauteurs du parc en attendant d’être évacuées. Au jour de notre passage, les déchets n’avaient pas été collectés depuis 5 mois. Il y avait donc de quoi remplir intégralement une villa de 100 m2 sur deux étages. Et sa piscine avec.

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