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Mars tousèl

Entre histoire et paysage, à St-Leu, le musée de la Pointe au Sel est un prétexte à une promenade introspective dans l’un des plus beaux coins du littoral réunionnais.

Les sagas industrielles ne sont pas toujours victorieuses. Celle de la Pointe au Sel en est une bonne illustration. Lorsqu’à la fin du 19e Siècle, Jean Dussac, propriétaire de l’usine sucrière de Stella Matutina, observe depuis son bureau la côte déchiquetée de St-Leu, il voit pourtant une belle opportunité. Depuis longtemps, les habitants de l’ouest ont pour habitude de se rendre sur ce que l’on nomme encore la Pointe des Bretons pour y recueillir du sel. Les lendemains de tempête, ils marchent sur cette avancée basaltique pour recueillir les cristaux déposés au creux des rochers par les houles et les embruns qu’un soleil de plomb assèche en quelques heures.

Plus tard, d’autres ont eu l’idée de recueillir ici l’eau de mer dans des feuilles de palmiste pliées en forme de bateau, puis de la laisser sécher. C’est que l’endroit est, de toute mémoire, réputé pour la salinité exceptionnelle de son eau. Le sel est alors une denrée indispensable à la conservation des aliments. Attiré par la perspective d’un fructueux commerce, Dussac fait donc aménager les premiers bassins d’une exploitation qui finira par donner son nom au lieu.

BOUM, LA GUERRE

Mais l’endroit, s’il permet aux habitants du coin de pourvoir à leurs besoins personnels, est loin d’être idéal pour une production à plus grande échelle. À la différence de Guérande, où les marais salants sont naturellement approvisionnés en eau de mer, le relief accidenté de la Pointe au Sel implique que l’eau doit être acheminée jusqu’aux bassins par pompage. L’exploitation se développe donc lentement jusqu’au début de la 2e Guerre Mondiale, où l’arrêt des importations et le besoin accru de sel à La Réunion provoque un boum. La production passe vite à 250 tonnes par an, mais la bonne passe ne dure pas. La fin de la guerre et la reprise du commerce avec Madagascar et les immenses salines de Diego Suarez condamnent le site en quelques années. Durant les décennies qui suivent, malgré les tentatives d’un héritier Dussac, le sel de Saint-Leu reste un échec économique, et à la fin des années 70, le site, magnifique, est lorgné avec gourmandise par la promotion immobilière.

À DÉFAUT DE SEL, DU SEUL

Si La Pointe au Sel n’est pas devenu un lotissement de luxe avec vue mer imprenable et perspective spectaculaire sur les hauts de St-Leu, c’est grâce à la création d’une réserve naturelle. Ce petit bout de savane est protégé et, depuis 2007, un musée témoigne de sa petite histoire. Minuscule et gratuit, celui-ci se visite en moins d’une demi-heure, le temps de comprendre que la production de sel y est maintenue pour des raisons principalement patrimoniales.

En revanche, on peut rester des heures à se promener le long de la côte et sur les murs de pierre des bassins hors d’usage, à observer le vent jouer à la surface des salines encore utilisées, où pour se promener sur les sentiers qui mènent jusqu’au bassin naturel en contrebas. Pêcheurs tranquilles, gamins qui tuent le temps dans les hautes herbes, familles en piquenique, falaises noires au sud, baie bleue au nord et monts nuageux à l’est : l’ambiance est calme et le paysage magnifique. Malgré des expositions dont l’intérêt n’est pas sensationnel, le Musée de la Pointe au Sel reste un lieu où il fait bon revenir, encore et encore, pour se laisser bercer par le vent et les embruns. En plus, le sel, ça conserve.

MUSÉE DU SEL
25, Pointe au Sel les bas – St-Leu
0262.34.67.00 // Ouvert du mardi au dimanche, de 9h à 12h et de 13h30 à 17h