Activité

Stand up paddle

Planche de salut

Professeur de surf depuis 25 ans, Bertrand Pièce est un personnage emblématique de cette pratique à La Réunion. Aujourd’hui il transmet sa passion différemment, à travers le stand up paddle, dont il est tombé amoureux et dont il fut un précurseur.

Après une jeunesse passée au Maroc où il découvre le surf, et une courte escale à Montpellier, il débarque à La Réunion avec sa planche et une valise à l’âge de vingt ans. Il passe alors son Brevet d’Etat devant un jury envoyé par la Fédération Française de Surf et supervisé par la Direction de la Jeunesse et des Sport sur l’île. "On était une douzaine à passer le B.E dont deux ou trois de métropole", précise celui qui, après un stage au Boucan Surf Club de trois ans, ouvre son école aux Roches Noires en 1990. "Les clubs existaient, notre mission a été de structurer l’enseignement du surf, notamment en l’ouvrant aux plus jeunes". En parallèle de l’école il ouvre le Surf Club des Roches Noires avec Philippe Robert, "pour pouvoir donner des licences, faire des compétitions et envoyer les enfants au Championnat de France".

Et il en a formé des champions ! Fabrice Perrin, Alexandre Monier, Hugo Savalli, David Grainville, Christophe Allary... tous sont passés entre ses mains, ont été nourris au sein du club saint-gillois et ont eu des titres de Champion de France ou plus. Puis ils ont fait leur chemin dans d’autres clubs ou au Pole Espoir de la Réunion et dans les compétitions internationales. "C’était donnant-donnant : l’enseignement que j’apportais, la passion du surf, l’impulsion, l’envie et les entraînements, me revenaient à travers leur reconnaissance et le plaisir qu’ils avaient à surfer".

Marcher sur l’eau

En 2010, on compte une quinzaine de clubs de surf. L’activité est florissante, elle attire un nombre toujours plus croissant de jeunes, de touristes, et de Métropolitains qui viennent s’installer dans l’île pour profiter des vagues. Les premières attaques vont en faire déchanter plus d’un. Presque toutes les écoles vont raccrocher le leash. Le milieu surf réunionnais est en deuil, et les plages, désertées.

À ce jour, Bertrand déconseille vivement à quiconque de se mettre à l’eau, "tant que les spots ne sont pas entièrement sécurisés". Il ne tient pas à s’étendre sur la crise requin, qui a exacerbé les différences et les intérêts divergents des acteurs touchés. Là où beaucoup y ont trouvé une voie de reconversion, pour pouvoir survivre malgré tout, lui a commencé à pratiquer le Stand Up Paddle (SUP) quelques mois avant les premières attaques.

"Le paddle fait partie de l’enseignement nautique, de la famille du surf. C’est une pratique vieille de 3000 ans, ça ne date pas d’hier ! C’est Laird Hamilton qui l’a ramené en métropole. A Hawaï et en Polynésie, c’est un sport ancestral, c’est la base de tout : on marche sur l’eau". À ces mots, ses yeux s’éclairent d’une lueur nouvelle. Avec le SUP, il redécouvre un milieu, le lagon, qu’il avait délaissé pour le surf, où on laisse moins de place à la contemplation "pour attraper la vague à tout prix".

Un bureau sur la plage

La section surf de son école suspendue depuis 2011, puisque sa pratique est interdite, Bertrand se concentre aujourd’hui sur le paddle, qu’il fait découvrir aux touristes de passage, mais aussi aux locaux et aux enfants. Il a établi son « bureau » sur la plage de la Saline-les-Bains, juste à côté de Planch’Alizée, et propose des séances d’initiation, perfectionnement, stages, sorties coucher de soleil ou encore rando sur plusieurs heures à la découverte des richesses insoupçonnées du lagon.

Comment rêver d’un cadre plus idyllique ? Eternel blagueur, grand philosophe devant dame nature, Bertrand garde le sourire quoi qu’il arrive. Ce jour-là, un vent de sud souffle fort sur l’océan et une vague née sur la barrière de corail vient dérouler jusqu’à nos pieds. Clin d’œil des éléments ?

Get up, stand up !

Pour m’essayer à la glisse contemplative, j’ai choisi de me laisser guider par Bertrand. Derrière ses lunettes de soleil et sa casquette se cache la frimousse d’un adulte qui a su rester jeune dans sa tête. Toujours le mot pour rire, il affiche un sourire généreux quand ses vannes font mouche. Du coup on a envie d’y prendre part et d’apporter son grain de sel. Ce matin-là, je fais deux sorties avec lui, la première avec deux marmailles handicapés, l’autre avec un couple, hôtesse et steward de chez Air France. Dans les deux cas, j’ai pu voir comment mon prof de surf préféré sait trouver l’équilibre entre responsabilité et décontraction. Tout un art ! En nous promenant ainsi au-dessus des coraux, sans les abimer bien sûr, il nous fait découvrir des poissons de récif qu’il nous déconseille vivement de goûter, car certains sont toxiques.

On ne sait jamais où commence et où s’arrête la blague avec lui. Mais quand il décroche d’une patate le harpon d’un braconnier, on ne peut douter de la sincérité de sa réaction. "Je les mettrais en prison pour cinq ans ! C’est très dur de faire respecter la réglementation. Je me verrais bien garde-côte". Derrière l’humour piquant du bonhomme se cache le sérieux et l’autorité d’un vieux loup de mer, qualités nécessaires pour maintenir durant toutes ces années la discipline au sein d’une école de surf fréquentée par des gamins intrépides qui ne pensent qu’à se ruer sur le spots. Alors quand il nous dit "faites comme chantait Bob Marley : Get up, stand up !", on ne peut que s’exécuter. Et avec un peu de chance, il vous emmènera dans les petites vagues du lagon, découvrir de nouvelles sensations. Puisqu’on vous dit que c’est bon pour vous, ride on !

ÉCOLE DE STAND UP PADDLE DU LAGON
Prix : 23€ adulte / 20€ enfant - Durée : 1h30
06 92 86 00 59