Reportage

"Putain, quatre ans !"

Pour la première expo temporaire de la nouvelle galerie du musée, le dessinateur Hippolyte et le journaliste Laurent Bouvier ont raconté la longue et complexe aventure du chantier de Stella.

Quatre ans de chantier, une réhabilitation complexe, entre nouveaux bâtiments et restauration des anciens, des centaines de personnes et des dizaines de métiers impliqués, aux intérêts et aux emplois du temps parfois contradictoires, un projet scientifique à réinventer entièrement sans trop savoir par où commencer, un travail de collecte auprès des témoins de l’époque, la fouille dans les archives, l’amiante, le désamiantage, un car courant d’air qui rentre par le toit. La première expo temporaire de la galerie de Stella raconte en BD le chemin compliqué que fut sa renaissance.

Hippolyte, auteur de bande dessinée et reporter graphique réunionnais, a mis six mois pour achever les 10 panneaux de cette rétrospective : "Au départ, l’expo devait s’appeler Putain, quatre ans ! L’idée, c’était d’expliquer pourquoi les travaux ont été aussi longs, pourquoi le chantier était complexe. Quand on a commencé le travail en septembre dernier, personne ne savait encore très bien quand le musée allait pouvoir ouvrir. C’est le graphiste qui travaille avec le musée, Kamboo, qui en a eu l’idée. Il venait de découvrir La Revue Dessinée, et il s’est dit que la BD serait un bon moyen d’expliquer de manière ludique des choses très compliquées. Donc il m’a appelé. Avec Laurent Bouvier, qui est journaliste, on devait rencontrer les gens et raconter librement ce qui s’était passé. Bon, au final, après les multiples validations des planches par les différents décisionnaires, on a du renoncer à pas mal de choses, qui ne cadraient pas trop avec la com. Dont le titre, qui est devenu Métamorphose(s)"

Malgré les contraintes liées au contexte d’un travail de commande, le reporter a pu rencontrer l’ensemble des personnes impliquées et raconte, sur une dizaine de panneaux de 6 à 10 mètres de long et 3 mètres de haut, les moments les plus marquants de l’épopée muséale. Dont sa rencontre avec Gaton Gattina, 85 ans, rentré à l’usine Stella à 14 ans comme apprenti. "Son surnom c’est Gramoun Expert. Il vit toujours à côté du musée, et il passait sur le chantier tous les jours. Il a été un soutien précieux aux équipes scientifiques parce qu’il se souvient de tout et parce qu’il est intarissable. Il a aussi fourni pas mal d’objets d’époque qu’il a conservés, comme les vieux sabres des coupeurs."

Sur ces grands tableaux où se trouvent mélangées phrases volées, extraits d’entretiens, projections imaginaires, panoramas, interactions entre les différents corps de métier ou informations techniques, Hippolyte trouve une architecture visuelle poétique pour résumer de façon simple les enjeux pléthoriques d’un projet gargantuesque qui, au final, n’aura pas duré si longtemps. "C’est marrant parce qu’au début tu arrives sur le projet pour expliquer pourquoi c’est long, et quand tu prends conscience de tout ce que ça implique, tu finis par te dire que finalement, quatre ans, en fait c’est plutôt rapide pour un chantier comme celui-là."